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 [FB] Les rencontres sont-elles vraiment des hasards ? [Arnkatla Hrafnsdottir & Riley Thompson]

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Arnkatla R. Hrafnsdottir
16 Avril 1976 - 14 Novembre 2002
JE SUIS : Féminin J'AI : 28
ENTERRÉ LE : 23/02/2012
PROCHES EN DEUILS : 752
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MessageSujet: [FB] Les rencontres sont-elles vraiment des hasards ? [Arnkatla Hrafnsdottir & Riley Thompson]   Mar 6 Mar 2012 - 18:08

Arnkatla était enfin arrivée à Manhattan. Elle connaissait bien l'Europe et plus particulièrement l'Afrique mais elle n'avait encore jamais traversé l'Atlantique. La Grande Pomme avait un côté impressionnant. C'était probablement la plus grande ville qu'elle ne verrait jamais. L'endroit était bruyant et sans cesse en mouvement, le dépaysement était presque qu'aussi total que lors de son premier séjour en Afrique, il y a une éternité maintenant.
Quand Sebastìan lui proposait de se rendre aux Etats Unis pour participer à un colloque international sur l'humanitaire en Afrique, elle n'avait pas hésité longtemps. Elle était tellement habituée que son sédentarisme de jeune épouse avait quelque chose de déroutant. Elle avait promis à Johannes de rentrer le plus rapidement possible. Ils avaient passé tellement d'années séparés l'un de l'autre que de l'abandonner ne serait-ce que pour quelques jours avait tendu à la faire hésiter un instant mais ils étaient jeunes et ils avaient toute la vie devant eux à présent. Elle avait pensé à prendre son appareil histoire de lui faire partager le voyage aussi bien par le biais de ses photos que des futures peintures qu'elle en tirerait surement. Ces dernières étaient ses souvenirs avant d'être ses oeuvres. Parfois elle peignait seulement des lieux de l'Islande mais en général, elle y apportait toujours quelque chose de l'extérieur, ne serait-ce que par la technique qu'elle avait développé avec des artistes locaux.
Après avoir passé sa première journée sur le continent américain à observer la ville et à être tombée amoureuse de Central Park, elle se dit qu'il était peut être temps qu'elle se pose un peu, ne serait-ce que pour prendre un verre. Elle ne réfléchit pas longtemps avant de choisir un bar dans le secteur, dans un lieu inconnu toutes découvertes pouvaient se révéler passionnantes. Elle entra et ne put s'empêcher de sourire au vu de la tenue de certaines femmes. Les new-yorkaises avaient semble-t-il l'art de la contradiction. Elle s'installa au bar, ne souhaitant pas donner l'impression d'attendre quelqu'un ou quelque chose assise à une table. Elle s'adressa au barman à qui elle commanda un vieux scotch. Une des rares choses que son père prenait soin d'importer pendant ses voyages comme un souvenir de sa vie en Europe. Avec l'age elle conservait cette habitude quand l'occasion se présentait. Pour le reste, elle n'était pas vraiment férue d'alcool. Elle observa sans grande attention les alentours, la plupart des clients paraissaient pris dans des conversations interminables, l'ambiance était là sans être insupportable. Le barman lui servit son verre et elle se contenta d'en regarder la couleur. Cette dernière lui plaisait, pas toujours simple à reproduire fidèlement sur une toile. Il existait des peintures bien sur mais elle préférait faire ses propres mélanges, une vieille habitude là encore. Elle finit par prendre une gorgée et porta cette fois son attention sur ses voisins de bar. L'un d'eux arrêta son regard. Ses traits lui disaient quelque chose. Avant qu'elle n'eut le temps de chercher où, l'information lui revînt. Riley Thompson. Un des rares auteurs de ce continent qu'elle lisait. Elle hésita, de peur de paraître indiscrète ou groupie. Puis elle se dit que qui ne tente rien, n'a rien. Elle fit son possible pour ne pas paraître intrusive puis l'aborda. Il était à deux sièges d'elle.

- Excusez-moi de vous déranger - Elle maudit son accent scandinave mais poursuivit tout de même. Vous ne seriez pas Riley Thompson par hasard ?
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MessageSujet: Re: [FB] Les rencontres sont-elles vraiment des hasards ? [Arnkatla Hrafnsdottir & Riley Thompson]   Mer 7 Mar 2012 - 17:24

Arnkatla Ҩ Riley
« Le hasard donne les pensées et le hasard les ôte » - Blaise Pascal


Manhattan, sous la neige... Vision idyllique. Bien que précoce cette année là, la couche blanche qui recouvrait toute la ville, ne semblait pourtant pas gêner le moins du monde les habitants de la grosse pomme, habitués à ce genre d'intempéries. Tout un chacun y allait de sa petite ruse pour pouvoir se déplacer sans le moindre problème. Des skis, des raquettes. Plutôt étrange de voir ce genre de scène en plein New York.
Riley Thompson vivait ici depuis l'âge de 18 ans, autant dire que quelques flocons n'allait pas l'arrêter. Les flocons non, mais son moral qui était à peu de choses près, au ras des pâquerettes, oui. Le Canadien était récemment sorti de prison. La réinsertion était aussi brutale que difficile. Il se demandait s'il pourrait un jour revivre normalement. La réponse il la détenait secrètement au plus profond de lui-même. Non, c'était quasiment impossible. Par une erreur judiciaire monumentale, il venait de perdre quatorze années de sa vie. Aujourd'hui, il n'avait plus rien, plus de famille, plus d'ami(e)s. Il avait aussi perdu son premier amour... Avec elle était aussi partie son envie d'écrire, mais surtout l'inspiration. Aujourd'hui, il gardait un goût amer en bouche en songeant aux années où il avait croupi en taule. Dindon d'une farce peu ragoutante. La justice Américaine avait coffré, sans preuves tangibles, un innocent, laissant ainsi un individu dangereux courir dans la nature. Cela n'avait pas de sens, comment une telle bavure avait bien pu être commise ? Riley cherchait toujours des réponses, en vain. Pourquoi lui ? Mais surtout, pourquoi elle ? Qu'avait bien pu faire son ancienne fiancée pour mériter cela ? Pour mériter une fin aussi atroce et sanglante ? Ils avaient toute la vie devant eux, et il avait fallu qu'un animal vienne mettre fin à cela, sans être même inquiété. Injuste.
Cette blessure, celle de la perte d'un être cher, ne le quitterait probablement jamais. Meurtri jusqu'au plus profond de son être, il était à présent un homme totalement dévasté, ne sachant plus comment faire pour pouvoir avancer, mais surtout rester debout après ces épreuves. Il n'existait pas de solution miracle, le temps laverait ses blessures, petit à petit, mais en avait-il seulement envie ? Rien n'était moins sûr. Et puis, à bien y réfléchir, quatorze ans, n'était-ce pas assez pour guérir ?
L'histoire de cette étudiante en médecine, assassinée par son propre petit ami, écrivain en vogue avait fait la une de tous les journaux de l'année 1985. Les médias s'étaient largement nourri de cet événement, faisant par la même occasion leurs choux gras. Quand le malheur des uns fait le bonheur des autres...
Heureusement pour lui, plus personne ne pensait maintenant à cet épisode tragique. D'ailleurs, étrangement, les médias avaient été peu intéressés par le rebondissement de l'histoire. L'auteur relâché pour cause d'erreur judiciaire.
Le brunet n'avait plus goût à rien, maintenant qu'il n'était plus en prison, et que plus personne ne s'assurait du fait qu'il se nourrisse correctement, il se laissait dépérir. Ne sachant pourquoi, il eu une envie soudaine, celle de sortir, de voir du monde... Assurément, cela serait une des dernières fois qu'il verrait les rues de cette fourmilière. New York, la ville de tous ses espoirs, mais aussi de toutes ses peines...
Depuis quelques temps déjà, il songeait au suicide. Il avait toujours fait face, il avait toujours fait front. Il s'était toujours battu contre tout, forçant son destin et imposant sa chance en venant s'installer dans la ville qui ne dort jamais, mais aujourd'hui, c'était différent. Il avait un ennemi redoutable à affronter : lui-même. L'ennemi ultime. Le plus dangereux. Son geste serait rationnel. Il y pensait depuis des mois en fait. Cette solution s'imposait comme seule réponse à cette solitude brutale, le dévorant et le faisant glisser dans le néant. Nous avons tous notre avis sur la question du suicide. Acte de courage ou de lâcheté ? Ni l'un ni l'autre sans doute. Juste une décision désespérée lorsqu'on se trouve dans une impasse. Le dernier recours pour sortir de sa vie et échapper à l'insupportable.
C'est à cela même que songeait le brunet, assis sur un tabouret, derrière le comptoir d'un petit bar. Cela serait son refuge le temps de quelques heures à peine. Ici la vie continuait son cours. Le temps ne s'était pas arrêté pour autant. Et lui... se retrouvait au milieu de ces gens, se sentant... seul, désespéré et surtout déprimé. Son allure n'avait plus rien à voir avec celle qui avait accompagné son succès. Il avait perdu de sa superbe. L'étoile montante de la littérature américaine s'était éteinte. Cheveux mal coiffés, barbe mal rasée... Tenue laissant à désirer, un vieux polo, un jean. Il était au plus bas de la pente. Après quelques verres de tequila, il se laissa aller à la discussion avec un autre homme, assis juste à côté de lui. La conversation ne volait pas bien haut, l'alcool n'aidait pas. Il en vint même à lui dire que son nez était aussi gros qu'une pomme de terre... Lamentable.
Une jeune femme débarqua de nul part. Enfin non, mais il ne l'avait pas vu arriver. Il eut un mouvement de recul et la regarda d'un air méfiant. Tout d'abord, il ne saisit pas le moindre mot de ce qu'elle pu lui dire. Mais d'où sortait-elle avec un accent pareil ? Russe peut-être ? Peu importe, il fronça exagérément les sourcils, tentant tant bien que mal et plutôt mal que bien de se concentrer. Pourquoi avait-il bu autant ? Puis il eu une illumination. Que répondre, qu'il n'était pas celui qu'elle pensait? Ou tout simplement la vérité ? Il n'avait pas franchement envie de converser au sujet de l'écriture. Alors il dit d'un ton monocorde, en tentant cependant de ne pas parler de manière hachée – maudit alcool - :

« Oui, c'est bien moi...  désolé je ne signe pas d'autographes si c'est ce que vous voulez. »

Puis il reporta son attention sur son voisin au gros nez. Ne s'occupant plus de la jeune femme brune. Espérant ainsi la dissuader de vouloir lui adresser de nouveau la parole. La prison l'avait rendu rustre, à juste titre.

fiche par century sex.


[HJ : J'espère que cette réponse te conviendras, si jamais tu as le moindre soucis ou que cela ne te va pas, fais moi signe.]


Dernière édition par Riley Thompson le Ven 9 Mar 2012 - 13:35, édité 1 fois
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Arnkatla R. Hrafnsdottir
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MessageSujet: Re: [FB] Les rencontres sont-elles vraiment des hasards ? [Arnkatla Hrafnsdottir & Riley Thompson]   Ven 9 Mar 2012 - 13:01

Arnkatla hésita. Elle se mordit la lèvre avec nervosité, elle craignait d'avoir dérangé son voisin de bar surprise. Il n'avait visiblement pas l'air de faire la conversation et pour l'heure elle se contenta d'un sourire poli. Son attitude lui rappelait celle de certains militaires revenus de la guerre qu'elle avait pu croisé. Un côté désespéré et laisser-aller qui allait de pair avec un moral pas particulièrement au beau fixe. Le souvenir qu'elle avait gardé de l'auteur était tout autre puis elle pensa qu'il y avait bien longtemps qu'elle n'avait pas acheté un de ses nouveaux livres. Elle avait vécu loin de toute civilisation occidentale pendant tellement longtemps qu'elle n'était finalement pas au courant de grand chose. Elle se souvînt d'avoir découvert un de ses romans lors d'un voyage humanitaire, l'histoire lui avait beaucoup plu et la jeune africaine passionnée de littérature américaine avait accepté de lui prêter quelques jours pour qu'elle puisse en faire la lecture. Elle sourit à ce souvenir puis se ravisa, elle ne voulait pas paraître impoli envers son voisin bien que celui eut l'air d'être passé à autre chose. Elle s'en voulait presque de ne pas être plus au courant de son histoire mais n'y avait jamais vraiment pensé. Peut être avait-il arrêté ? Elle pensait à ce qui arriverait si elle arrêtait de peindre. Elle en serait probablement anéantie. Le pinceau lui était devenu indispensable avec les années, elle ne voyait pas sa vie sans. Elle savait d'ailleurs que ce serait la prochaine chose qu'elle ferait en rentrant, faire des croquis en vue d'un futur tableau.
Elle reprit une gorgée de son verre puis hésita. Il n'avait pas l'air disposé mais le peu d'alcool qu'elle avait bu aidant, elle avait au contraire bien envie de poursuivre la conversation, rien de malsain là dedans, juste une envie de converser avec ce qu'elle identifiait comme un visage familier, bien qu'ils ne se soient jamais rencontrés auparavant. L'idée pouvait paraître bizarre mais la bizarrerie faisait partie de son quotidien. Les islandais qui passaient la moitié de leur vie en Afrique n'étaient pas vraiment monnaie courante. Aussi tentant de contrôler son accent scandinave à écorcher les oreilles, elle répondit sans répondre à la réponse de son interlocuteur.

- Non rassurez-vous. Votre livre est entre les mains d'une jeune fille africaine vivant au fin fond du Kenya et je doute qu'elle utilise beaucoup la Poste.

Elle sourit à son verre plutôt qu'à l'homme qui ne l'écoutait peut être pas. Il était fort probable qu'elle parla dans le vide mais maintenant qu'elle était lancée.

- Je ne voulais pas vous déranger. Même si c'est probablement ce que je suis en train de faire en ce moment. Je devrais arrêter de parler, je ne serais pas étonnée que vous ne compreniez pas un traître de ce que je raconte. Je vous comprends. J'ai un accent à couper au couteau. En swahili ou en hébreu, ça passe en général mais en anglais, j'ai encore du progrès à faire. C'est étrange pourtant. L'islandais et l'anglais ont la même origine à la base, deux langues germaniques. Enfin l'anglais a beaucoup changé depuis, c'est vrai, alors que l'islandais n'a pas bougé depuis un millénaire. Ca doit jouer. C'est surement comme si je parlais la langue d'une autre époque. Une drôle d'idée quand on y réfléchit. Je suppose que je devrais plus bosser mon anglais maintenant que je suis rentrée et surtout pendant mon séjour ici. Je n'imagine pas la tête des gens demain pendant la conférence, ils vont avoir besoin de sous-titres pour comprendre leur propre langue. C'est pas non plus ma faute, à force, je me mélange. J'ai perdu l'habitude des sonorités britanniques. Je peux prononcer des sons imprononçable pour des occidentaux mais je ne suis pas fichue de bien prononcer la langue la plus parlée du monde. Enfin techniquement c'est le chinois mais vous voyez ce que je veux dire. Je devrais arrêter de parler. Ma voix doit ressembler à un bourdonnement incompréhensible pour quelqu'un d'ici. Enfin ça, y a que vous qui pourriez me le dire mais je veux pas vous embêter. Bon je le fais surement en ce moment mais rien ne vous oblige à parler. Je peux être seulement la petite voix agaçante qui parle à côté de vous, dans un bar, c'est surement très facilement à ignorer. Mais bon dans ce cas-là, ça fait de moi une vraie illuminée qui parle toute seule. Ce que je suis peut être après tout, qu'importe. Les gens me trouvent bizarres en général, ça ne me changera pas beaucoup. Je ne me plains pas, loin de là. Je suis bien comme je suis. Je suis la fille qui parle à ses toiles pendant qu'elle peint. Bon pas si souvent que ça hein. Mais parfois ça arrive, quand je cherche l'inspiration. Ca fait de moi une folle ? Je devrais arrêter de parler. Je vais arrêter de parler, c'est mieux et puis je commence à avoir soif. Je ne sais même plus par quoi j'ai commencé. Bref peu importe. J'arrête de parler.

En dépit de ses paroles, son accent tendait au final à être plus compréhensible qu'au départ. Elle s'arrêta finalement de parler pour se reconcentrer sur son verre, qu'elle finit d'un trait. Elle hésita à en demander un autre au barman. Lui aussi devait la prendre pour une illuminée maintenant, pas sur qu'il lui laisse reprendre de l'alcool. Par précaution elle commanda donc de l'eau pétillante. La marque n'avait rien de scandinave mais qu'importe.

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MessageSujet: Re: [FB] Les rencontres sont-elles vraiment des hasards ? [Arnkatla Hrafnsdottir & Riley Thompson]   Ven 9 Mar 2012 - 17:47

Arnkatla Ҩ Riley
« Le hasard donne les pensées et le hasard les ôte » - Blaise Pascal


Malgré l'attitude peu engageante de l'écrivain, cela n'eut pas l'effet escompté. En se conduisant de la sorte et en ne prêtant plus la moindre attention à la jeune femme, il pensait la dissuader d'aller plus en avant de la conversation. Peine perdue, c'était sans compter sur la ténacité de la brunette apparemment. Celle-ci revint à la charge. Mais que voulait-elle à la fin ? Il n'avait absolument pas envie de faire la conversation à l'une de ses lectrices, et encore moins lorsque celle-ci s'exprimait de manière tout à fait incompréhensible. Enfin ce n'était certainement pas de sa faute, mais tout de même. Légèrement agacé, Riley pivota sur son tabouret, son verre de tequila en main, pour faire face à l'enquiquineuse. Après tout, peut-être que s'il l'écoutait durant quelques secondes à peine, son interlocutrice s'en trouverait ravie et partirait alors sans demander son reste. Soit. Il trempa ses lèvres dans le verre presque vide, puis écouta attentivement ce qu'avait bien à lui dire cette demoiselle. Il dû cependant faire appel à toute la concentration dont il était encore capable vu son état. Pas vraiment gagné. Manifestement la jeune femme avait fait quelques kilomètres pour arriver jusque Manhattan. Il n'arrivait toujours pas à déterminer de quelle origine pouvait être cet accent, qui lui écorchait les oreilles. Comme cela, l'un de ses ouvrages se trouvait en ce moment même au Kenya et bien... plutôt déroutant. Le Canadien aurait été curieux de savoir par quel moyen ce livre avait bien pu atterrir là-bas.

Le moins que l'on puisse dire c'est que cette inconnue ne manquait pas d'humour. Effectivement, la jeune Africaine ne devait pas beaucoup utiliser ce genre de service. Qu'en savait-il après tout ? Il n'avait jamais mis un pied en dehors des Etats-Unis ou bien du Canada, il n'avait donc aucune connaissance sur la culture des autres pays. Il songea alors amèrement que si Sunny avait été encore là, cela en aurait été autrement. Sans doute auraient-ils beaucoup voyagé, car ils partageaient la même passion pour l'aventure et les contrées lointaines. Cette pensée eu sur lui le même effet qu'un coup de poignard en pleine poitrine. Il en eu le souffle coupé. Alors il termina son verre d'un trait. Comme si cela pouvait l'aider d'une quelconque manière que ce soit. Qu'est-ce qu'elle pouvait lui manquer. Il ne se passait pas une journée sans qu'il ne pensa à elle, à eux, à ce qu'aurait été leur vie si... Si... Si... avec des suppositions le monde aurait été entièrement refait et totalement repensé. Mais cela n'aidait en rien le jeune homme dans son processus de deuil, bien au contraire. Il n'avançait pas, il reculait à grande vitesse. La tristesse était certes un peu moins présente que lors des premières années, mais elle se tenait là, tapie dans l'ombre, prête à bondir à n'importe quel moment pour fondre sur lui. C'est avec un effort quasi surhumain qu'il revint à la conversation en cours. Malheureusement pour lui, la brunette se tenait toujours face à lui. Elle était vraiment coriace. Il se retrouva un peu bête, ne sachant trop quoi lui répondre. Il haussa alors les épaules, d'un air parfaitement nonchalant.

« Ah... me voilà rassuré alors... Vous n'êtes pas une de ces saletés de groupies, tant mieux. »

La curiosité de l'écrivain était cependant piquée au vif, il enchaîna rapidement.

« Que fait l'un de mes ouvrages sur le continent Africain ? »

Soudainement et sans même crier gare, la jeune femme brune embraya et parti dans un interminable monologue... absolument pénible. Qu'est-ce qui lui avait pris de se retourner. Maintenant il devait se coltiner une pipelette tout ce qu'il y a de plus agaçante, il allait s'en mordre les doigts. Il avait du mal à la suivre, l'alcool ne l'aidait franchement pas. Pourquoi parlait-elle autant et aussi vite ? Il n'arrivait pas à saisir la moitié de ce qu'elle avançait. Une fois de plus, il fronça les sourcils. Y avait-il un bouton off sur cette machine qui était un peu défaillante ? A croire que non, pas moyen de l'arrêter. Riley réussi tout de même à saisir qu'elle était Islandaise et qu'elle voulait améliorer son accent. Sage décision. Elle évoquait aussi une conférence le lendemain. Au secours. Il plaignait les pauvres personnes qui seraient forcées de participer à cet événement. Puis, sans qu'il contrôla quoi que ce soit, un large sourire se grava sur ses traits, lorsque Mlle-je-ne-veux-plus-m'arrêter-de-parler lui intima qu'il n'était absolument pas obligé de lui répondre, mais que cela faisait d'elle une hurluberlue parlant à un mur. Malgré sa migraine naissante, il dû reconnaître qu'à défaut d'être agréable, cette rencontre avait au moins le mérite de lui donner le sourire. Et puis les effets de l'alcool semblaient se dissiper... Mieux qu'un cachet d'aspirine, une bonne tirade à n'en plus finir et hop le tour était joué.
D'un geste de la main, qui voulait dire stop, il tenta de lui couper la parole au moment même où elle admettait enfin qu'elle devait arrêter de parler. Elle se tut peu de temps après. Il lui fut presque reconnaissant de ce moment de répit. Alors il essaya d'organiser mentalement, les informations qu'il avait capté, dans le but de pouvoir formuler des questions à peu près correctes.

« Je dois avouer que vous m'avez collé une sacré mal de tête... Vous avez l'air drôle alors je ne vais pas vous laisser parler seule encore plus longtemps. Je pense avoir saisi la plupart des informations que vous avez bien voulu me délivrer en un laps de temps très court. » Il s'interrompit quelques instants avant de reprendre la parole « Que fait une Islandaise à Manhattan ? C'est un voyage strictement professionnel ? Vous parliez de conférence, je me trompe ? Votre accent n'est pas si horrible que cela, enfin quand vous ne parlez pas à toute vitesse... Pourquoi dites-vous que les gens vous trouvent bizarre ? Vous peignez depuis longtemps ? »

Lui aussi commençait à avoir soif. Il demanda au barman un soda...

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Arnkatla R. Hrafnsdottir
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MessageSujet: Re: [FB] Les rencontres sont-elles vraiment des hasards ? [Arnkatla Hrafnsdottir & Riley Thompson]   Ven 9 Mar 2012 - 18:59

Saisissant sa nouvelle boisson, Arnkatla remarqua avec grand plaisir que son discours délirant qui aurait fait fuir le premier venu avait finalement amener son voisin à lui faire la conversation. Son enthousiasme en fut requinqué et après une première gorgée que sa gorge commençait à réclamer à grand cris, elle écouta attentivement les différentes questions et remarques de son interlocuteur.
En premier lieu, ce dernier parût rassuré de voir qu'elle n'était pas une groupie, un type d'individus que visiblement il n'aimait pas. Elle pouvait le comprendre sans le moindre souci. Elle même n'aimait pas les groupies. Elle les trouvait tellement superficielles et vides de conscience à long terme.

- Non je ne suis pas une groupie. A vrai dire, je n'aime pas les groupies. Je n'ai rien contre les gens qui sont fans bien sur, c'est dans l'ordre des choses et puis on peut aimer quelque chose avec passion et ferveur mais je trouve les groupies généralement folles et sans réflexion. Bon je suis probablement folle aussi mais pas dans ce genre-là. Vous ne me verrez pas sauter sur quelqu'un par exemple. Enfin à part pour le désarmer. J'ai fait ça une fois en Irak. J'avais rien à perdre ce jour-là de toute façon. Il faut croire que ça n'était pas aussi fou que ça puisque je suis en vie et en ce moment en train de vous saouler de paroles plus ou moins insignifiantes que je ressens l'envie irrépressible de prononcer.

Elle s'arrêta pourtant un instant de parler. Aborder cet évènement sur un ton à première vue léger lui ramenait de mauvais souvenirs à la surface. Les raisons pour laquelle elle n'avait rien eu à perdre et celles qui l'avaient poussé à agir de la sorte. Le visage de cet homme continua de la hanter même des mois plus tard. La parole, c'était l'une des rares choses qu'elle trouvait pour penser à autre chose, faire voguer ses pensées à voix haute sur toutes sortes de choses insignifiantes. Elle avait conscience d'avoir la chance et par égard pour son mari, elle n'évoquait que peu ses derniers instants en Afrique. Elle ne voulait conserver que le bon, la vie avec son père et rien d'autre. Soudain consciente que son silence pourrait paraître suspect, elle se reconcentra sur les mots de Riley Thompson. Il semblait surpris d'apprendre qu'un de ses livres étaient en Afrique. Elle repartir de plus belle sur l'un de ses sujets de prédilection.

- Celui que j'ai lu est arrivé au Kenya par l'humanitaire. Les gens font des dons parfois dans le cadre des campagnes pour la culture dans les pays dits défavorisés comme l'Afrique. J'ai passé plusieurs semaines dans cette région du Kenya. La plupart des gens connaissaient l'anglais là-bas grâce à la création d'écoles visant à instruire les enfants afin de favoriser leur développement futur notamment professionnel. Les gens ne sont pas aussi malheureux qu'on pourrait le penser à la base mais avec la mondialisation ce qui fait leur unité tend à dis paraître et on est obligé de trouver des moyens pour éduquer les enfants afin de permettre aux nouvelles générations à s'adapter à la domination occidentale. Cette jeune femme notamment était une grande adepte de votre ouvrage, une vraie passionnée de littérature. Vous devez avoir des milliers de lecteurs alors je suppose que ça ne doit pas représenter grand chose pour vous mais je crois que vous avez créée une vocation chez elle. Qui sait peut être qu'un jour je retrouverais son nom dans une librairie ?

Elle sourit, cette fois avec bienveillance. L'idée avait quelque chose de beau et d'enthousiasmant. Elle n'osa pas imaginer l'euphorie que cette image pourrait provoquer sur elle si elle venait un jour à se présenter. Elle avait beau avoir arrêté l'Afrique après la mort de son père, elle avait toujours un profond attachement à l'égard de chacune des personnes qu'elle avait rencontré là-bas. Elle espérait au fond d'elle qu'ils continueraient tous à conserver ce qui faisait leur personnalité tout en s'adaptant au monde qu'offrait la mondialisation. Elle ne les reverrait probablement jamais mais elle avait été habituée ainsi et elle savait que quoi qu'il arrive, elle les garderait tous en mémoire.
Elle sourit d'autant plus que son voisin lui fit part du mal de tête qu'elle lui avait causé. Elle était amusée par cette réaction qu'elle ne pensait pas entendre formuler.

- Je suis navrée pour le mal de tête. Si je dois vous payer un verre pour me faire pardonner, ça serait avec grand plaisir. Et n'y voyez-pas un quelconque tentative d'approche, j'ai tout ce qu'il faut chez moi !

Elle rit, d'autant plus amusée, écoutant avec attention les nombreuses questions qu'il lui posait maintenant. Visiblement son discours avait produit plus d'effet que prévu, elle ne s'attendait pas du tout à ce cas de figure. Au final, elle était plutôt satisfaite, au moins elle n'était pas l'illuminée qui parle au mur. Enthousiasmée, elle se retînt de faire un nouveau monologue enflammé et prit en compte la remarque formulée sur la vitesse de son débit de parole.

- A l'origine oui, c'est strictement professionnel. Depuis mon retour en Islande, je suis rattachée à l'université de Reykjavik où je donne des conférences de temps à autre sur l'humanitaire ou simplement le continent africain. La plupart des gens n'y voit qu'une population de couleur qui vît dans la pauvreté et que dire que ce qui les pensent sous civilisés. Je crois qu'il n'y a pas de plus grande idiotie à penser à leur sujet. Sous-civilisés ? C'est vraiment du n'importe quoi ! C'est comme le truc avec les groupies. En général, elles n'aiment que les trucs à la mode et commercial, sans vouloir vous offenser, de fait quand la mode passe, elles oublient à quoi elles étaient si accro quitte à même le dénigrer. Je trouve ça abject. Pour tout vous dire, oui, l'Afrique n'est pas commercial, mais la richesse de leur culture est telle. Contrairement à ce que les gens pensent, ils n'ont pas besoin de nous, où plutôt ils n'auraient pas besoin de nous, si la civilisation occidentale ne venait pas pourrir leurs civilisations à eux. Cette manière de penser au profit, à l'argent, de vouloir soumettre tout le monde au même modèle, c'est tellement surfait et surtout d'une profonde bêtise. J"aimerais tellement pouvoir faire quelque chose pour éviter ces tentatives de domination de la moindre parcelle magnifique de cette humanité par des types qui ne pensent qu'à leurs poches mais j'ai un poids assez misérable dans l'histoire. Au début, j'ai hésité à donner ses conférences. J'avais peur qu'en exposant les peuples dont je parlais au plus grand nombre, d'autres n'en profitent pour aller parfaire leur domination puis je me suis dit qu'avec un peu de chance ce que je dirais pourrait aider quelques personnes à prendre conscience de la situation et prendre ma suite, en faisant de l'humanitaire. Attention, je ne me voies pas du tout comme un exemple ou un truc comme ça hein ! Mais disons que parfois je me dis que si plus de gens se bougaient ... Enfin vous voyez ce que je veux dire. Tout ça pour dire que oui, je suis bien ici pour une conférence. La première a lieu demain. Je prie tous mes bons vieux dieux dit païens pour réussir à me faire comprendre mais je crois que je vais avoir du mal.

Elle s'arrêta, se rendant soudain compte qu'elle venait de noyer à nouveau son interlocuteur sous un flot de paroles. Elle prit une gorgée de son verre et adressa un sourire d'excuse à l'homme en face d'elle. Elle ne devait pas aider son mal de tête à se calmer, c'était certain. Elle se demanda vaguement quand donc elle était devenue si prolifique à la parole mais elle ne parvînt pas à s'en souvenir. Elle hésita à poursuivre puis se disant qu'après tout elle lui devait au moins des réponses, elle reprit.

- Dois-je comprendre que vous ne me trouvez pas bizarre ? Je vais prendre ça comme un compliment. Les gens me trouvent un peu allumés, parfois. Je parle trop, trop vite et j'ai tendance à être trop passionnée. Sinon certains pensent que je suis folle parce que je n'ai pas peur de m'aventurer un peu partout dans mon pays mais personnellement je ne voies pas le souci. Oui, c'est vrai certaines zones sont à risque mais il suffit juste de faire attention et il n'y a pas de souci. Il faut être idiot pour faire l'idiot sur un site dangereux pas vrai ? Par exemple qui serait assez bête à se risquer dans la région des sources chaudes sans quelqu'un qui connaît déjà bien la zone. Il faut être suicidaire. Bon ok, moi j'y vais seule. Mais j'y ai vécu pendant quelques mois quand j'étais môme et je connais ces coins comme le fond de ma poche. Enfin peut être pas ma poche mais je les connais pour ainsi dire par coeur. Après je n'ai pas fait d'études. Pour pas mal de gens, c'est quelque chose d'assez inconcevable mais en ce qui me concerne, je le vis très bien. Je connais parfois plus de choses que certaines personnes qui ont passé leur jeunesse sur les bancs de l'école. Moi j'ai passé la mienne en Afrique et au final, je parle un certain nombre de langues, connait pas mal de civilisations et tout un tas d'autres trucs bien plus utiles que ce que l'on peut parfois apprendre à l'école. Prenez les maths. Je suis navrée mais au moins de viser une carrière dans ce domaine, les maths ça sert à rien. Je devrais pas dire ça vous aimer peut être les maths ?

Elle se tourna vers lui et prit une nouvelle pause. Elle continua de siroter son verre avant de s'attaquer à son domaine préféré avec l'Afrique, la peinture.

- J'ai toujours aimé le dessin. Quand j'étais plus jeune, ma mère m'a enfermé chez moi pour éviter que je n'aille traîner avec les gosses des mauvaises familles du quartier. A l'époque je lui ai voulu mais au final, c'est grâce à elle que ça a commencé. Quand j'ai rejoint l'Afrique par la suite, j'ai commencé à développer de nouvelles techniques, à découvrir de nouvelles façons de percevoir l'art et la peinture. C'est devenu une passion avant de devenir presque une drogue. Je ne passe pas un jour sans peindre. Je n'ai jamais vraiment exposé mais au final, ça m'importe peu, je peins surtout pour moi. J'ai une fascination pour tout ce qui concerne l'art en général. L'idée que l'on puisse réunir en un seul objet toute une essence. Qu'elle provienne de notre imagination ou bien de toute la beauté que le monde peut offrir. Ca ne fait pas très longtemps que je peins l'occident. J'ai vu tellement de choses en Afrique qu'au final ce continent reste ma principale source d'inspiration. Il faut dire que c'est aussi là que j'ai acquis toute ma technique. Je ne saurais pas dire si je suis un bon peintre mais en ce qui me concerne, c'est quelque chose qui me plaît. C'est mon exutoire personnel si je puis dire.
Je dois vous saouler à force de parler, je suis désolée. Je ne fais pas attention. Dites-le si vous voulez que je me taise.


Elle parlait sans cesse mais en venait aussi à se poser des questions sur cet homme. Elle lui avait laissé peu de temps de paroles et se tût en espérant qu'il pourrait y remédier.

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MessageSujet: Re: [FB] Les rencontres sont-elles vraiment des hasards ? [Arnkatla Hrafnsdottir & Riley Thompson]   Mer 14 Mar 2012 - 14:43

Arnkatla Ҩ Riley
« Le hasard donne les pensées et le hasard les ôte » - Blaise Pascal


Décidément, la jeune femme faisant face à Riley avait quelque chose de peu commun. Sa tirade sur les groupies tendait à prouver qu'elle possédait un minimum de jugeote, mais aussi pas mal de plomb dans la tête. Tout comme elle, le Canadien avait en horreur ce genre de « fan», totalement dépourvu de cervelle, prêt à tout pour approcher de sa célébrité, braillant plus que de raison en l'apercevant, et manquant de peu de tomber dans les vapes. Tout bonnement atroce. Une expression d'étonnement s'inscrivit sur le visage de l'écrivain. Peut-être bien qu'elle avait raison au final, elle ne devait plus être en possession de tous ses moyens au niveau neurologique ou mental pour avoir eu l'idée de se jeter sur quelqu'un afin de lui arracher son arme. Enfin folle ou pleine de courage, et de sang froid. Il n'arrivait pas à se départir de cet ébahissement, il devait probablement ressembler à un merlan frit à l'heure actuelle.

« Vous me rassurez. Je suis totalement de votre avis concernant les groupies. A croire que le fait d'aimer autant quelque chose leur grille les neurones... bref ce n'est pas un sujet très intéressant. Je dois avouer que votre histoire me laisse sans voix. Vous avez désarmez quelqu'un en Irak ? Pourquoi cela ? Enfin cela ne me regarde pas après tout. Là pour le coup, vous étiez folle et inconsciente vous pouvez le dire. Le moins que l'on puisse dire c'est que vous avez eu de la chance de vous en être sortie indemne. Parfois le désespoir fait faire de drôles de choses... Je n'en reviens pas, je suis en train de parler à Rambo. »

Un léger sourire se grava sur ses traits alors qu'il se mettait à plaisanter. Quoi de mieux pour oublier ses problèmes le temps d'un instant à peine, que de converser avec une parfaite inconnue, de choses totalement incroyables... Pas grand chose d'autre assurément. La jeune femme, dont il ne connaissait même pas le prénom semblait réellement passionnée par la culture Africaine, c'était assez plaisant de l'écouter parler de ce sujet. Riley commençait presque à s'habituer à son accent et ne devait plus fournir autant d'effort pour la comprendre. Voilà qui était tout de même mieux. Alors comme ça l'un de ses livres était arrivé au Kenya par le biais de l'humanitaire. Cela lui fit quelque chose rien que d'y penser. Il avait mis tellement de passion dans ses écrits, que c'était un peu comme si une partie de lui faisait actuellement un voyage en Afrique. Quant au fait d'imaginer ne serait-ce qu'une seule seconde, de pouvoir créer chez quelqu'un une vocation le rempli d'une joie immense. Aucune autre parole que celle-ci, n'aurait pu lui faire plus plaisir à cet instant précis. Créer une vocation, voilà qui était tout à fait grandiose, s'il pouvait marquer une personne à ce point et lui donner l'envie d'écrire, alors il en était plus que fier. Quel auteur n'a pas rêvé de cela ? De cette sorte de consécration ultime.

« Je comprend mieux. Ce livre aura beaucoup voyagé. Je vais passer pour un idiot, mais jamais je n'aurais imaginé que l'Anglais soit aussi courant dans cette partie du monde... Les clichés ont la vie dure il faut croire. Au contraire, je dois dire que je suis extrêmement touché par vos paroles. Certes, je vend énormément de livres. La plupart de mes ouvrages sont d'ailleurs devenus des Best-Sellers, mais le fait d'imaginer cette jeune fille en train de lire mon roman, et que cela ait pu créer une vocation chez elle, peu importe laquelle, me rend bien plus heureux que toutes les ventes du monde. Cela représente bien plus à mon sens. Une sorte de satisfaction spirituelle si je puis dire. Jamais je n'aurais imaginé engendrer cela chez un lecteur. Qui sait, on la retrouvera peut-être publiée un jour, notez précieusement son nom dans un coin, en tout cas je lui souhaite fortement de réussir dans cette voie. J'ai le sentiment d'avoir au moins une fois, provoqué quelque chose de bien dans ma vie. »

Cette dernière phrase, il l'avait prononcé plus pour lui-même que pour l'utilité propre de la conversation. D'ailleurs ses derniers mots étaient presque inaudibles, à peine soufflés du bout des lèvres. La phrase suivante de la jeune femme lui arracha un nouveau sourire. Elle faisait bien de le préciser, il aurait pu alors émettre quelques doutes sur ses intentions premières. Mais non, elle semblait juste vouloir discuter. Visiblement, elle avait le dialogue très facile, un peu trop même, mais cela n'était pas bien grave, au moins elle parlait pour deux, car ce que lui avait à dire n'était pas franchement intéressant, en comparaison de ce qu'elle avait à raconter.

« Je crois que je vais m'en sortir malgré tout. C'est gentil à vous, mais ça va aller, je crois que j'ai assez bu pour aujourd'hui. Je vais faire durer mon verre de soda, afin de ne pas être tenté par autre chose ! Vous en avez de la chance d'avoir ce qu'il faut chez vous... »

Cette sorte de plainte, lui avait échappée, faisant ainsi référence à sa propre vie, qui paraissait bien vide. Vide de sens et vide de tous liens, amicaux, familiaux et amoureux. Triste à en mourir. Le sourire qui était difficilement apparu sur son visage s'envola, pour laisser place au masque de la tristesse. Masque qui ne le quittait que rarement ses dernières années.
La jeune femme sans nom, semblait avoir pris en compte la remarque de son interlocuteur. Son débit de parole se voulait plus lent, moins saccadé, mais le contenu était toujours aussi conséquent, à croire qu'elle n'avait plus parler à un être humain depuis des lustres. Peut-être était-ce le cas après tout. Il l'écouta parler de son métier et de la raison pour laquelle, elle se trouvait en ce moment-même à Manhattan. Riley la sentait vraiment passionnée par son sujet, qu'elle semblait connaître sur le bout des doigts, il buvait littéralement ses paroles. Une énergie très positive se dégageait d'elle. Ce qu'elle disait tenait vraiment la route. Elle n'était pas dupe sur la civilisation actuelle, ce qui plu énormément au Canadien. Les informations qu'elle lui délivra, furent une nouvelle fois assez indigestes. Par où commencer... comment répondre à cette tirade ?

« Et bien... Je connais très mal ce continent, car je n'ai pas eu la chance de voyager autant que vous, mais votre discours me donne envie d'en découvrir plus... plus que ce que les ouvrages scolaires ou bien les médias veulent bien nous montrer et nous faire croire. Je dois reconnaître, que je fais parti de ses ignorants, qui pensent encore que cette partie de la planète est ce que vous appelez sous civilisées, pour moi les habitants de ce continent ne sont pas scolarisés... Je n'ai en tête qu'un vague cliché stupide. Oh que oui, le modèle actuel est terriblement superficiel et affreusement individualiste. C'est moche de voir à quel point les gens sont prêts à tout pour parvenir à leur fins... Je trouve le but de vos conférences vraiment admirable ! J'espère vraiment pour vous que quelqu'un aura le cran de prendre votre suite. Vous n'êtes peut-être qu'une goutte d'eau dans l'océan, mais une goutte en amène une autre, et ainsi de suite. D'ici quelques temps, même si cela risque d'être long, votre « taille » qui vous semblait au départ insignifiante, aura pris une certaine envergure. Vous pourrez alors certainement entreprendre des actions encore plus importantes que vos conférences actuelles. Je crois que je vois où vous voulez en venir. Malheureusement, de nos jours, pour faire bouger les gens, ce n'est pas gagné d'avance. Mais ce n'est pas pour autant une raison de résignation, au contraire... C'est pour cela qu'il faut des gens comme vous, pour que les choses bougent, tout en incitant le commun des mortels à en faire de même...Si vous avez besoin d'un interprète, je peux vous dégoter ce qu'il faut ! »

Loin de lui cette idée de folie à présent. Bien au contraire, son interlocutrice était passé du stade de simple enquiquineuse, à véritable encyclopédie vivante. A côté d'elle, le jeune homme paraissait bien peu intéressant, et totalement dépourvu de la moindre culture générale. Comme quoi, il était tout à fait possible de connaître une montagne de choses sans avoir fait d'études. De quoi faire taire plus d'une mauvaise langue à n'en pas douter.

« Pour être franc, une fois dépassé le stade de l'incompréhension, je dois dire que vous vous révélez être très intéressante, pour une quelqu'un de bizarre vous me semblez être parfaitement consciente ! C'est sans doute le premier pas vers la guérison. » Un léger sourire apparu au creux de ses lèvres, avant de reprendre, il bu une gorgée de sa boisson. « Nous sommes d'accord là dessus, en zone à risques, mieux vaut se faire le plus petit possible. Être passionné n'est pas une tare, loin de là. Pour ma part, sans passion, il n'y a pas de vie. Une personne sans passion est une sorte d'enveloppe vide, pas franchement intéressante... Et puis ne dit on pas que la raison tue la passion ? Alors à quoi bon être raisonnable ? Pour quelqu'un qui n'a pas fait d'études, je vous trouve très cultivée, vous êtes probablement bien plus érudite que n'importe quel imbécile qui sort d'une grande école. J'avoue me sentir bien peu captivant par rapport à vous, et beaucoup moins cultivé, pourtant j'ai fais de plus ou moins grandes études. » Nouveau sourire, plus franc cette fois-ci. « Rassurez-vous, je n'ai jamais aimé les maths. J'ai toujours été très nul dans cette matière d'ailleurs. Vous avez probablement raison, le système éducatif que ce soit dans n'importe quel pays, est plutôt mal pensé. Certaines matières sont de véritables pertes de temps, elles pourraient aisément être remplacées par d'autres, d'un intérêt somme toute plus important. Enfin, c'est là un autre débat je crois bien. »

Écouter parler la jeune Islandaise, était comme une sorte de cure de vitamines, presque aussi efficace que la meilleure des thérapies au monde, il en aurait presque oublié le mal qui le rongeait de l'intérieur. Il se retrouvait au travers de ses paroles et de l'explication de ses différentes expériences vis à vis de la peinture, bien qu'il n'ait jamais peint la moindre chose. Pour lui, l'écriture avait agit de la même manière que sur la brunette, telle une drogue. Avant le drame qui avait dévasté sa vie, il se réveillait chaque matin avec l'envie d'écrire, de coucher ses idées sur le papier. Aujourd'hui, que restait-il de cette envie ? Presque rien. Plutôt triste. La muse de l'inspiration l'avait également abandonnée, peut-être était-t-elle en train de danser avec le feu qui l'avait jadis animé. Par le passé, il enchaînait les romans, à présent, il peinait à écrire ne serait-ce que quelques lignes. En prison, il avait commencé une nouvelle intrigue. Depuis la première phrase, il n'avait guère avancé, les idées étaient-là, sans qu'elles veulent toutefois prendre vie sous la forme de mots.

« J'ai un peu de mal à vous suivre par moments, mais tout va bien. N'ayez crainte, je vous le signalerait , si jamais vous veniez à trop m'embêter. Vous êtes une véritable artiste si une telle passion vous anime. Je crois que la question du talent ne se pose même pas, le simple fait de vous levez le matin, avec l'envie de peindre fait de vous une véritable artiste, une véritable peintre. Vous pouvez remercier votre mère pour cela... Sans elle, peut-être n'auriez vous jamais approché le moindre crayon ni la moindre toile. Pourquoi n'exposeriez vous pas quelques unes de vos toiles ? Afin d'avoir un avis objectif sur vos créations. En général, nous ne sommes pas très bons juges de notre propre travail. Cela serait un bon moyen de faire partager votre culture de l'Afrique et ainsi faire changer la vision des gens sur ce continent. L'art est fait pour ça après tout, donner une vision neuve des choses par une sorte de détachement de la réalité ; donner une conscience... Certains détracteurs verraient sans doute là, une façon d'idéaliser les choses, mais je suis sür et certain que vous arriveriez très vite à les convaincre du contraire. »

Voilà qu'il se mettait lui aussi à parler plus que de raison, pour quelqu'un d'un peu éméché, il tenait un discours plutôt lucide... il avait la gorge sèche, il vida son verre d'un trait.

« Voulez-vous boire autre chose ? Je vous invite... enfin, ne voyez pas là une manière détournée de vous draguez. »

fiche par century sex.


[Désolée pour le temps de réponse... Mon mal de tête ne m'a pas vraiment aidé ces derniers jours. J'espère que cette réponse restera compréhensible... j'ai eu du mal à me concentrer, y a surement des tournures de phrases un peu spé... pas le courage non plus de tout relire, je m'excuse par avance pour les fautes.]
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Arnkatla R. Hrafnsdottir
16 Avril 1976 - 14 Novembre 2002
JE SUIS : Féminin J'AI : 28
ENTERRÉ LE : 23/02/2012
PROCHES EN DEUILS : 752
AVATAR : Meghan Ory


† AVIS DE DÉCÈS †
RAISON DU DÉCÈS:
AVANT LA MORT:
APRÈS LA MORT:

MessageSujet: Re: [FB] Les rencontres sont-elles vraiment des hasards ? [Arnkatla Hrafnsdottir & Riley Thompson]   Mer 14 Mar 2012 - 18:48

Arnkatla observait chacune des réactions de son interlocuteur avec enthousiasme et curiosité. Elle n'avait pas le souvenir d'avoir déjà tenu une conversation de ce genre. Il y avait bien sur eu son père qui l'amenait toujours à exprimer ce qu'elle ressentait et maintenir le dialogue, avec lui comme avec les autres. Pourtant cette fois, elle discutait avec un homme qu'elle ne connaissait que de nom et la situation bien qu'inhabituelle dans son discours avait quelque chose d'incroyablement fascinant.
Elle l'entendit donner à son tour son avis sur les groupies et ne fut pas surprise de constater qu'il partageait son opinion. Il était rare en effet que les gens qui en possèdent soient fans de ce type d'individus. Pourtant il vînt à orienter la conversation sur autre chose. Les derniers mots qu'elle avait prononcé pour se justifier dans la précipitation semblait être ce qu'il avait retenu en premier. Ce sujet était encore sensible pour elle même si elle ne le montrait pas vraiment dans la conversation. La dernière intervention la fit sourire pourtant. Elle avait abordé le sujet, elle ne pouvait pas passer outre et puis qui sait en parler aurait peut être un bon effet sur elle.

- Les circonstances étaient un peu particulières. En général, je suis moins folle que ça. Bon pas pour tout j'en conviens, je peux avoir un comportement un peu particulier parfois mais en temps normal je suis quelqu'un d'assez raisonnable. Cette fois-là, je n'ai eu de chances. Mon père et moi étions en Irak et nous avions prévu de rejoindre un camp de réfugiés. Lui dans le cadre de son métier et moi, pour poursuivre une action humanitaire, la routine en somme. Malheureusement ce jour-là, on est tombé dans une embuscade. Le guide local qui nous accompagnait a fini tué tout comme mon père. Elle s'arrêta un instant, revoyant la scène passait sous ses yeux comme si elle datait d'hier et non de plusieurs mois. Contrairement à mon père, j'ai toujours eu la prudence de apporter une arme dans les bagages lorsqu'on partait en exposition. Là où j'ai eu de la chance c'est que l'homme qui nous a attaqué était seulement un éclaireur et donc seul. Quand j'ai vu ce qu'il avait fait à mon père et ce qu'il s'apprêtait sans doute à me faire, je n'ai pas longtemps hésité. En fait sur le coup, je n'ai pas réfléchi, j'ai comme qui dirait perdu le contrôle. Je lui ai sauté dessus pour le désarmer. Il a été tellement surpris par ma réaction qu'il n'a pas eu le temps de réagir. Malheureusement comme vous pouvez en juger, je n'ai pas vraiment un gabarit adéquat pour tenir tête à un terroriste surentraîné. Pour tout vous dire, je me voyais déjà mourir en plein désert alors j'ai saisi ma dernière cartouche comme on dit. Je ne sais pas trop comment j'ai réussi à récupérer mon arme et à le blesser suffisamment qu'il détourne mon attention de moi et je suis parvenue à m'échapper avant l'arrivée des autres. Quelle histoire de dingues quand on y pense ! En général, j'évite de la raconter les gens ne croient pas un traître mot de ce que je raconte et je comprendrais que vous non plus.

Elle s'arrêta un instant, songeuse et reprit une gorgée de son verre. En fin de compte, elle aurait du reprendre de l'alcool. Elle écoutait maintenant son avis sur le voyage inattendu qu'avait fait son ouvrage.

- Rien ne dit que ce livre soit le seul de vos ouvrages à avoir voyager à travers le monde. Je ne sais pas si vous êtes très connus en Islande mais je pense que l'on doit facilement retrouver quelques bouquins un peu partout dans le monde. Cette opinion n'a rien d'idiot, il est vrai que l'anglais n'est pas non plus la langue parlée dans ses régions mais les enfants qui ont l'occasion d'être scolarisés apprennent généralement les bases, la lecture, l'écriture, le calcul et si possible une langue étrangère. On a de la chance qu'il y ait un peu partout dans le monde des enseignants étrangers qui viennent faire découvrir leur langue dans d'autres pays. En général, c'est l'anglais mais j'en ai aussi rencontré pour le français, l'italien ou l'allemand. Les cours se sont généralement dans la langue en question et si ça peut être déroutant au début au final, les élèves sont vraiment contents. J'ai essayé d'apprendre un peu d'islandais à certains curieux de mes origines mais je crois qu'ils ont du mal avec le scandinave. Je ne peux pas leur en vouloir, je suis loin de parler la langue la plus courante du monde. C'est vrai, on doit être combien à parler l'islandais à part les islandais. Quelques passionnés par mon pays et nos sagas millénaires peut être mais je crois que ça doit être très marginal. En fait, je crois bien que je n'ai jamais rencontré d'étrangers qui parlait ma langue maternelle.

Elle sourit à la suite, et saisissant la serviette devant elle, nota soigneusement le nom de la jeune fille, future écrivaine. Elle tendit la serviette à Riley.

- Tenez, si jamais elle publie, je suis presque certaine que vous aurez droit à une dédicasse en début de livre. Je suis contente d'avoir pu vous faire plaisir avec cette nouvelle. Je comprends ce que vous ressentez. Bien sur, je ne suis pas écrivain, d'ailleurs je ne sais pas vraiment ce que ça donnerait si un jour je tentais de coucher quelque chose sur du papier mais j'ai vu des vocations se créer au cours de ma vie. Pas nécessairement venant de moi, ça serait prétentieux mais des jeunes, qui voulaient voyager, apprendre à peindre ou faire des études. Les jeunes occidentaux ont tellement d'autres soucis plus ou moins graves qu'ils en oublient la valeur des vocations, des rêves ou tout simplement du savoir. Je ne parle pas de faire des études bien sur, ça serait l'hôpital qui se moque de la charité, pas vrai mais disons vivre sa vie selon ses rêves et non seulement la volonté des autres et de la finance. Je trouve ça tellement dommage de voir parfois des potentiels extraordinaires gâchés pour ce qui se finira par une vie malheureuse et sans véritable bonheur. Bien qu'au début, ça n'ait pas été un choix, je suis partie vivre loin de chez moi en Afrique mais aujourd'hui, je ne regarde absolument pas. J'ai vécu plus de choses extraordinaires en l'espace de quelques années que certains dans toute une vie. Ca va peut être paraître égoïste ou je ne sais quoi, mais je pense qu'il faut savoir être heureux pour rendre les autres heureux. De mon point de vue, je ne voies pas comment on peut aider les autres si on ne peut pas s'aider soi-même. Je ne dis pas qu'il faut séparer les deux et vivre seulement pour un bonheur personnel ou non. Je dis juste qu'il faudrait qu'on pense d'abord à vivre sa vie plutôt que se fier aux codes, aux autres, à la société. Regardez ces gosses ! Certains veulent partir loin pour aider leur famille, d'autres vivre leur rêves. On pourrait penser qu'ils sont fous ou je ne sais quoi mais moi je pense qu'ils sont bien plus réalistes et murs que n'importe quel autre individu vivant dans un monde occidental comme les Etats Unis ou l'Europe. Ces gens-là, ils ont compris l'importance de vivre leur vie et je crois qu'on devrait tous prendre cet exemple plutôt que d'écouter des psychologues déblatérer toutes sortes de théories étranges sur la quête du bonheur ou la motivation.

Elle arrêta son nouveau monologue de peur de repartir de plus belle dans des discours interminables. Son interlocuteur semblait la supporter ses paroles et elle pour le moment, c'était rassurant. Elle se contenta d'un sourire avant d'écouter mieux ce qu'il lui répondant cette fois.

- Si ça peut vous rassurer, je ne vous en veux pas. Votre cas n'est pas isolé loin de là et j'apprécie d'ailleurs que vous en preniez conscience. La faute ne vient pas tellement des gens eux-même mais plutôt des médias, des politiques et de tout ce qui véhiculent des clichés parfois effroyablement faux sur la société. Sur la nôtre déjà mais surtout sur la leur. Vous avez raison de parler des manuels scolaires. Pour en revenir aux cours de langues dont je parlais tout à l'heure, ce que l'on peut voir et qui parviennent en Afrique sont généralement bourrés de stéréotypes de toutes sortes sur la famille, les coutumes ou même la culture en général. C'est pour ça que j'aimerais que l'on fasse plus d'interculturel. Ce qui est ce que je fais d'une certaine manière avec mes conférences. Je dis les choses telles qu'elles sont et non pas comme les gens souhaiteraient l'entendre. Quel intérêt franchement ! Mais c'est malheureusement une constante de notre société. Je ne veux pas généraliser, il y a des cas particuliers partout et puis ça serait comme dire que tout le monde vote la même chose par exemple, ce qui est une abbération bien sur. Je suis contente que vous voyez quelque chose de positif à mes conférences. Vous avez raison, je ne suis que la goutte d'eau mais il en faut bien une pour démarrer une tempête pas vrai ? Je ne vivrais probablement pas assez longtemps pour voir la société évoluée comme je l'espère mais ne sait-t-on jamais. J'ai prévu quelques conférences dans des établissement scolaires. Quitte à avoir de l'enseignement, autant qu'il laisse des traces. Je suis heureuse que vous me proposiez un interprète, j'ai bien peur que tout le monde n'est pas la même patience que vous en entendant mon accent à coucher dehors.

Elle sourit et marqua une nouvelle pause. Elle éclata de rire quand il parla de guérison. Il avait le don d'être franc, c'était un trait de caractère très facilement appréciable. Elle n'aimait pas les gens qui se voilaient la face. Sa mère dans son souvenir avait eu ce trait de caractère et elle n'avait jamais aimé ça. Elle voulait à tout prix sauver les apparences et c'était bien cette raison qu'elle avait interdit à sa fille de fréquenter le fils de la fameuse famille mal réputée du coin. Que dirait-elle aujourd'hui, si elle savait qu'elle avait fini par l'épouser ? Cette pensée pour son mari l'amena instinctivement à toucher son alliance à la main gauche. Elle avait promis de l'appeler dans la nuit. Étrangement elle aurait des choses à lui raconter. Elle souriait avec approbation à ce qu'elle entendait.

- Je voies que vous et moi avons bien le même point de vue sur la façon de percevoir la vie. Je vais surement me répéter mais vivre de ses rêves, je pense que c'est aussi vivre passionnément. Tellement de gens passent leur temps, à réfléchir, à se soucier du qu'en-dira-t-on, à penser aux conséquences au lieu de vivre tout simplement leur vie comme il le désire au fond d'eux. Je vais partir sur une théorie qui peut sembler étrange à première vue mais vous allez comprendre. Le principe est simple. Je pense que dans la vie, il faut se libérer des contraintes et penser plus aux causes qu'aux conséquences. Ce qui je veux dire par là, c'est que les gens devraient plus se préoccuper dans comment ils voudraient vivre leur vie, avant de penser à ce que leurs rêves, leurs ambitions, leurs idées folles poseraient comme obstacle ou situation. Les gens réfléchissent trop et pas dans le bon sens. Ils se projettent sans cesse dans des scénarios catastrophes, fuient les difficultés avant même de les rencontrer. Mais ce n'est pas ça vivre. Vivre, c'est prendre la route, visiter l'inconnu, découvrir de nouvelles choses et profiter de ce que la vie offre dans toute sa simplicité. Bien sur, je ne dis pas qu'il faut tout plaquer et partir à l'aventure. Rien ne fonctionnerait dans ces cas-là, mais je pense que la société serait moins conservatrice et bouffée par l'argent si les gens apprenaient à vivre leur vie. Pas la subir, pas suivre le cours de leur vie comme si tout était normal, mais en profiter. Se dire " Tiens, ça, ça me plairait" et le faire, plutôt que de continuer à rêver. Je sais plus quel type disait que nous étions fait de la même matière que les rêves mais c'est vrai ! Je ne dis pas que l'on peut tout réaliser, que tout est peut marcher mais je dis juste que les gens devraient au moins essayer avant de renoncer. Ils fuient la difficulté qu'ils prévoient mais que savaient-ils d'elle au final ? Sera-t-elle aussi insurmontable qu'il le pense ? Peut être que oui, peut être que non. On devrait arrêter d'avoir peur de ce qu'on ne connaît pas. C'est pareil pour l'Afrique, ce que je vous dis. Les gens y voient des clichés ou des fausses idées à leur sujet parce qu'ils ne connaissent pas, parce qu'ils ont peur de l'inconnu et de ce que ça représente. Je ne prétends pas tout connaître bien sur, ni avoir tout vécu. Ça serait une aberration, j'ai tout juste vingt ans. Je vous remercie en tout cas. J'apprécie de rencontrer quelqu'un qui ne me juge pas sur ma capacité à faire ou non des études et rassurez-vous, vous êtes tout à fait captivant. Je suppose que ça dépend plus d'état d'esprit ou d'une façon de voir les choses plutôt que du nombre d'années passées en cours. Là encore, je suis tout à fait d'accord avec vous. Le système éducatif, quel qu'il soit pêche toujours par un abus de connaissances pas forcément nécessaire. Je ne dis pas qu'il ne faut pas s'instruire et s'en mettre plein la tête. Certains adorent ça et je le conçois parfaitement mais je pense que ça devrait être réservé à ceux qui le désirent et que l'on donne alors des cours plus utiles aux jeunes pour démarrer dans la vie, vivre leur vie comme ils le souhaitent. Oulà, je me rencontre que je dois vous paraître affreusement prétentieuse et donneuse de leçons. Ca n'est pas le cas pourtant. Disons surtout que j'ai mon opinion sur beaucoup de choses.

Elle sourit presque pour s'excuser. A l'entendre parler de son art, elle comprenait que lui aussi avait connu quelque chose de semblable. Surement dans le domaine de l'écriture qui était sans nul doute le sien. Elle en avait toujours voulu à sa mère d'avoir tenté de contrôler sa vie mais au fond peut être avait-il raison. Aurait - elle eu cet amour de la peintre si elle n'avait pas été obligée de prendre des crayons pour s'occuper ? Nul n'avait la réponse. Au final, elle avait fini par partir sans jamais la revoir mais peut être bien lui devait-elle ça. Parfois elle se disait qu'elle devait en tout cas son caractère passionné à ses parents. Son père pour l'histoire et sa mère pour la danse.

- J'avoue que je n'avais jamais perçu de cette manière. Ces toiles sont comme une partie de moi et je dois dire que j'ai toujours craint de m'exposer en même temps que mes toiles. Je sais qu'on ne dirait pas comme ça mais au final, je suis quand même assez pudique avec ma personne. Pas discrète ou même timide mais quand même assez pudique. En général, je parle pour repousser le jugement des gens, mais au final, ça a quand même un impact. Vous devez avoir raison pourtant. Quitte à donner des conférences autant pousser la présentation jusqu'au bout. Je vous promets d'y penser dés mon retour au pays. J'oublie parfois que ma perception de l'art n'est peut être pas unique. Mais je crois que le jour où j'exposerais, je veillerais aussi à faire connaître des artistes locaux que j'ai eu l'honneur et l'immense plaisir de connaître en Afrique. Pas pour l'aspect financier bien sur, il ne m'intéresse pas du tout mais pour faire découvrir une autre forme d'art, une de celles qui m'ont inspiré pour peindre comme je peins aujourd'hui.

Elle se rendit compte que son débit était bien plus lent et contrôlé. La discussion avait toujours quelque chose de passionné mais elle se laissait moins emportée par ses pensées, laissant plutôt place à des mots. Elle parlait toujours trop et appréciait donc la proposition.

- Ça sera avec grand plaisir. Il n'y a aucun souci, je sais que vous êtes prévenu.

Elle montra l'anneau à son doigt et sourit en passant la main en question dans sa nuque.

- Je reprendrais bien un autre scotch. Ça me rappellera mon père.

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MessageSujet: Re: [FB] Les rencontres sont-elles vraiment des hasards ? [Arnkatla Hrafnsdottir & Riley Thompson]   Ven 16 Mar 2012 - 21:32

Arnkatla Ҩ Riley
« Le hasard donne les pensées et le hasard les ôte » - Blaise Pascal


La propre histoire de la demoiselle, en Irak, aurait pu être l'objet d'une belle adaptation cinématographique ou même littéraire. C'était assez dramatique et tragique en soit, car ce jour-là elle avait perdu son père. Ce devait être dur d'en parler, il s'en voulu d'avoir posé la question. Qui mieux que lui pouvait savoir ce que pouvait provoquer la perte d'un être cher ? Il afficha un air désolé tout au long du discours de la brunette. Elle avait eu une bonne étoile avec elle ce jour-là, car il s'en était fallu de peu pour qu'elle y resta.

« Je m'excuse d'avoir été si indiscret, je m'en veux un peu de vous forcer à parler de ça, ça ne doit pas vous rappeler que de bons souvenirs. Cette histoire est bien triste. Je vais paraître un peu grossier, mais vous avez vraiment eu les fesses bordées de nouilles ce jour-là. Pour être dingue, ça l'est ! Je vous crois, vous m'avez l'air plus que sincère, et puis je dois avouer qu'il est assez difficile de feinter la tristesse, par rapport à la perte de quelqu'un qu'on a aimé. Ce regard que vous avez-là, ce n'est pas celui de quelqu'un qui a inventé ce récit de toute pièce.»

Cette fin de phrase le renvoya immédiatement à sa propre histoire, à son propre vécu. Pourquoi avait-il posé cette question franchement. Un instant, il se perdit dans les méandres scabreux de sa mémoire et de ses souvenirs, avant de revenir au moment présent. La chute fut brutale, des images du passé l'assaillaient de toute part. Que n'aurait-il pas donné pour pour pouvoir retrouver Sunny. Il se concentra à nouveau sur ce qu'était en train de dire Arnkatla. Ses livres n'étaient, pour le moment, publiés qu'aux Etats-Unis et au Canada, il y avait donc peu de chances pour qu'un Islandais possède l'un de ses ouvrages. A moins que la personne est acheté le roman sur le sol Américain ou Canadien bien entendu. La jeune femme lui expliqua ensuite bien gentiment que les élèves ayant la chance d'être scolarisés pouvaient apprendre une langue étrangère. Cette information, il ne l'avait jamais lu nul part, que ce soit dans des manuels scolaires ou bien ailleurs. Il se coucherait moins bête ce soir. 

« Vous avez sans doute raison, bien que je ne sois publié uniquement au Canada et puis aux Etats-Unis. C'est un choix de la maison d'édition, ne me demandez pas pourquoi, je serai incapable de vous répondre. Je ne pense pas être connu en dehors de ces deux pays, mais peut-être que plusieurs de mes ouvrages voyagent à travers le monde, grâce à des prêts tels que le votre. Merci de parfaire ma culture, grâce à vous je me coucherais un peu moins idiot ce soir. C'est intéressant à tout point de vue. Et bien vous faites les questions et les réponses maintenant. L'Islandais ne doit pas être une langue très répandue, il doit y avoir quelques milliers de locuteurs à travers le monde tout au plus. Cela fait de vous un spécimen rare. »

Cette bêtise le fit sourire, d'ailleurs son sourire s’agrandit par la suite. La jeune Islandaise s'empara d'une serviette qui était posée sur le comptoir du bar avant d'inscrire quelque chose et de la lui tendre. Il s'agissait là du nom de la jeune Africaine. Serviette à garder précieusement.

« Je vais garder ce morceau de papier bien précieusement quelque part. J'espère bien qu'elle me dédicacera un ouvrage, d'ici là elle aura certainement oublié qui je suis. Les peintres en règle générale possèdent une certaine sensibilité, je suis sûr que si vous vous mettiez à l'écriture, cela donnerait quelque chose de très attrayant... Une fois de plus je rejoins votre point de vue, en ce qui concerne les Occidentaux et leur obsession du superflu, du bien paraître et bien penser, se conformer à un modèle parce qu'il doit en être ainsi est franchement triste, ce n'est guère une vie. Cela rend les gens aigris, frustrés, car ils n'atteignent jamais ce but tant convoité de devenir riche et ce genre de conneries, rentrer dans un moule, avoir tel ou tel comportement, faire telle chose parce que tout le monde fait ainsi, c'est stupide. Ce n'est pas comparable certes, mais j'ai aussi tenté ma chance en quittant le Canada pour venir m'installer ici, j'avoue que si à l'époque je n'avais pas fait ce choix, je n'en serais pas là où j'en suis actuellement. Cela n'a pas toujours été facile, bien au contraire, mais si c'était à refaire, je ferais surement les mêmes choix, avec tout ce que cela implique de bon et de mauvais. »

Une fois de plus ses pensées dérivèrent vers son ex fiancée. Aurait-il été préférable qu'il ne la rencontra pas ? Il n'aurait alors pas connu le feu de la passion, c'était presque impensable, bien qu'aujourd'hui cette passion soit devenue destructrice.

« C'est tout à fait ce à quoi je pensais, pour rendre les gens heureux, il faut avant tout l'être soi-même, une personne malheureuse n'a rien à apporter à ses semblables. Ce sont les Occidentaux qui sont fous de penser que l'on peux tout remettre au lendemain, car il n'y aura peut-être pas de lendemain. C'est de ça dont chaque être humain devrait être conscient. »

Sans même le vouloir, il parlait de sa propre expérience, aujourd'hui il vivait avec des regrets, des remords, à trop remettre les choses à plus tard, il était passé à côté de tout un tas de belles expériences, pourtant les projets avec la belle Sunny n'avaient jamais manqués. Maintenant, que lui restait-il hormis ses yeux pour pleurer ? Rien, absolument rien.
Arnkatla reparti de plus belle au sujet des clichés concernant le continent Africain, il l'écouta avec toute l'attention dont il était capable, après s'être miné une fois de plus le moral tout seul. Il devait paraître bien sombre, pourquoi fallait-il toujours qu'il repense au passé ? Les choses intéressantes se passaient maintenant devant lui et non derrière, quand le comprendrait-il ? Jamais probablement, ou bien dans 100 ans, lorsqu'il ne serait plus de ce monde. Il ne trouva rien à ajouter de plus sur le sujet abordé par la demoiselle. Il se contenta de hocher la tête en signe d'acquiescement.

« Sans doute ne vivrez vous pas assez longtemps pour vois les choses évoluer, mais au moins vous aurez contribué de près ou de loin à ce changement. On se rappellera sans doute de vos actes. Je pense que c'est surtout ça le plus important. Exactement, il faut bien une première goutte avant un déluge. Comme vous voulez... pourtant je ne suis pas vraiment patient à la base, mais ce que vous racontez vaut la peine d'être entendu. Je pense que vos auditeurs sauront être indulgents. »

Vivre passionnément pouvait toutefois se révéler dangereux. De la passion à l’obsession il n'y a guère qu'un seul pas à franchir. L'écrivain en connaissant un rayon là dessus. Il s'en serait certainement bien passé, mais à présent il ne pouvait plus faire comme si de rien n'était.

« J'abonde une fois de plus dans votre sens. J'en reviens même à ce que je disais tout à l'heure. On remet trop les choses au lendemain, au sur lendemain et puis au final on se réveille un beau matin, on jette un regard en arrière, sur ce qu'a été notre vie et puis on se rend compte que rien de tout ce que nous voulions réaliser n'a été fait. Vivre ce n'est pas penser à tout moment aux conséquences de nos actes, vivre c'est saisir l'instant présent comme il arrive. Le bonheur n'est pas une destination qui plus est, mais bien un état d'esprit. Vivre c'est aussi réaliser ses rêves. D'ailleurs le monsieur que vous citez c'est Shakespeare, il avait sans doute raison en avançant cela. Mais je crois qu'il faut avoir une certaine ouverture d'esprit pour arriver à comprendre tout ça, peut-être aussi faut-il avoir vécu quelques catastrophes pour voir la vie d'un œil différent. Ne pensez-vous pas ? C'est vrai, l'inconnu fait peur alors on se contente bien trop souvent de rester dans son petit cocon, dans ses petits souliers, au moins on est à peu près sûr que là rien ne peux nous arriver... Mais c'est faux, vous pouvez rentrer chez vous un beau jour et vous rendre compte qu'on vous a tout pris, pourtant vous n'avez rien changé à votre schéma habituel. Alors autant prendre des risques de temps en temps, avant que l'inévitable se produise. Vous n'avez que 20 ans ? Et bien me voilà très étonné, vous avez une certaine sagesse et une certaine maturité qui m'aurait fait pensé que vous aviez autour de la trentaine, je sais que ça ne plaît pas aux femmes qu'on dise ce genre de choses, n'y voyez là qu'un simple compliment, je ne voulais pas vous vieillir prématurément. Émettre un jugement sur une personne que je ne connais pas n'est pas du tout dans mes habitudes. Tout un chacun est libre de ses actes, de ses choix, on ne devrait pas blâmer quelqu'un parce qu'il a souhaité emprunter une route différente de son voisin. Bien entendu l'éducation est très importante, mais le choix devrait être laissé à l'élève quant aux différentes matières qu'il voudrait apprendre. Vous ne faites qu'émettre votre opinion, ce n'est peut-être pas la plus juste qu'il soit, mais je suis plutôt d'accord avec vous. Je ne pense pas que cela revienne à dire que vous vous portez en donneuse de leçons. »

Riley comprenait parfaitement la réserve qu'émettait la brunette, elle ne souhaitait pas s'exposer au grand jour, à la vue de tout le monde. Comme elle le disait elle-même, ses toiles représentaient une partie d'elle, les montrer revenait donc à dévoiler une partie de son intimité. Elle qui se revendiquait pudique, cela avait de quoi l'effrayer. Il fallait savoir passer outre ce sentiment de gêne, rien de plus.

« Je comprend tout à fait ce que vous pouvez ressentir rien qu'à l'idée de vous exposer, vous et vos toiles, cela revient à se mettre à nu certes, mais il ne faut pas penser à cela, sans quoi vous risquez de vous mettre des bâtons dans les roues. Enfin même si cela n'est pas au programme... Et bien je suis ravi de vous avoir donné une idée future pour agrémenter vos conférences, le message n'en serait que plus agréable de cette manière. Faire connaître des artistes locaux est tout à votre honneur, vous avez un grand cœur je trouve. Tout le monde n'aurait pas directement pensé à cela. »

Riley regarda l'alliance d'Arnkatla avec tristesse, non pas parce qu'il fut attiré par elle, bien qu'elle soit jolie, non ce n'était pas pour ça du tout. Cela lui fit prendre conscience une fois de plus à côté de quoi il était passé. Si tout avait été différent en 1985, il serait probablement marié à la femme la plus merveilleuse du monde, mais voilà celle-ci n'était plus. A cette pensée, il sentit sa gorge se serrer, son absence au bout de toutes ces années était toujours aussi insupportable, elle lui manquait cruellement. Il détourna le regard pour se focaliser sur autre chose, tentant au passage de contrôler ce flot d'émotion inopiné.

« C'est parti pour un scotch. Depuis combien de temps votre père est-il décédé ? Enfin cela ne me regarde pas après tout, je m'excuse de me montrer aussi intrusif. »

Jugeant qu'il avait déjà bien assez bu comme ça, il se contenta d'un nouveau soda et commanda au passage le scotch demandé par la jeune Islandaise.

fiche par century sex.
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Arnkatla R. Hrafnsdottir
16 Avril 1976 - 14 Novembre 2002
JE SUIS : Féminin J'AI : 28
ENTERRÉ LE : 23/02/2012
PROCHES EN DEUILS : 752
AVATAR : Meghan Ory


† AVIS DE DÉCÈS †
RAISON DU DÉCÈS:
AVANT LA MORT:
APRÈS LA MORT:

MessageSujet: Re: [FB] Les rencontres sont-elles vraiment des hasards ? [Arnkatla Hrafnsdottir & Riley Thompson]   Dim 25 Mar 2012 - 19:04

Arnkatla sourit avec douceur. Le souvenir de son père était encore aussi vif en elle que la cicatrice qui lui barrait une partie de la jambe droite. Comme pour lui rappeler qu'elle avait eu la chance de survivre et non lui. Elle n'était pas vraiment croyante, tout juste païenne du côté de sa mère. Son éducation en Afrique l' avait éloigné des religions de son pays, répandues ou non, elle ne savait donc pas trop en quoi croire. Elle avait du mal à croire en l'être humain pour avoir vu des horreurs dont elle se serait passée alors en quoi, en qui ? En l'avenir peut être. En ces jeunes gens qu'elle avait croisé en Afrique et dont la moindre nouveauté qui pouvait venir améliorer leur quotidien, illuminés leur vie et leur journée avec une beauté et un enthousiasme à la fois sincère et innocent.
Son regard devait paraître nostalgique maintenant mais elle remarqua qu'elle n'était pas la seule que cette histoire avait un peu bousculée. Riley paraissait lui aussi triste, presque perdu dans ses pensées. Elle se demanda alors qui avait-il bien pu perdre lui aussi ? Un parent ou pire encore ? Elle se sentait compatissante, non par pitié qui était un sentiment qu'elle avait chassé depuis bien longtemps mais parce qu'elle avait le sentiment que l'un comme l'autre, ils avaient ce petit quelque chose en commun, comme une douleur infinie et sans cesse présente.

- Ne vous excusez pas. Votre curiosité n'avait rien de malsain, je le voies bien. C'est vrai que j'ai eu de la chance, je ne sais pas trop comment je dois le prendre. Parfois je me sens nostalgique et triste en pensant à cette histoire, parfois révoltée qu'un homme comme mon père selon toute objectivité est pu mourir de cette façon. Je crois que la fameuse expression est là encore vrai. Ce sont les meilleurs qui partent le plus tôt. Toutefois, j'ai bien conscience qu'une vie parfaite n'existe pas. Et puis ça peut paraître évident, voire même bête mais personne n'est immortel, alors la mort fait partie de la vie. J'ai mis du temps à l'admettre mais j'ai du me faire une raison. Je ne suis pas croyante, tout juste païenne scandinave ou africaine mais il m'arrive de me dire que peut être il y a quelque chose après la mort. Et dans ces moments-là, j'espère que toute la famille que je n'ai plus vît heureuse. Ça doit vous paraître tellement bête ! - elle rit, amusée et gênée à la fois avant de reprendre malgré elle, un ton plus sérieux - Je n'ai plus personne, seulement mon mari. Ma mère a disparu quand j'étais jeune et j'ai perdu mon père. Je n'ai jamais connu le reste de ma famille, tous sont morts de cause plus ou moins naturelles. Je ne suis pas déprimée ou fataliste, je me dis juste qu'il faut bien croire en quelque chose, parfois, ça ne fait pas de mal. Je suis désolée, mon discours doit vous paraître tellement déprimant. Je deviens déprimante c'est pas bon. Il faut que je bois, ça ira mieux et ça m'évitera de tenir un discours d'enterrement.

Aussitôt dit, aussitôt fait, elle vida d'un trait ce qu'il restait de son verre et regretta soudain que cela ne fut pas de l'alcool. Plutôt que de partir dans ses souvenirs, elle préféra poursuivre la conversation et écouta donc son interlocuteur.

- Je dirais que c'est presque dommage. Je ne suis certes pas une experte mais je dois avouer que je garde un très bon souvenir de votre ouvrage, je trouve dommage que vous n'ayez pas pu avoir un public plus large, même s'il est vrai, le fait que votre oeuvre aide à l'éducation des jeunes en Afrique est déjà quelque chose en soi. Je suis navrée, je parle trop. Je me rends compte que je fais comme les hommes politiques. Enfin les européens, je ne sais pas s'ils font pareils dans ce pays, probablement, les techniques de communication ne doivent pas beaucoup différer d'un pays à l'autre surtout dans ce milieu. Je trouve ça assez agaçant en général d'ailleurs. Je suis un paradoxe à moi toute seule, c'est navrant !

Elle rit à la dernière phrase, un spécimen rare. Il n'était pas le seul à le lui dire, sauf qu'en général le terme sonné plutôt de façon négative. Les gens voyaient dans sa langue et sa façon de vivre une marginalité déplacée dans une société aussi carrée et réglée.

- Venant de vous, je vais prendre ça pour un compliment. Pour la plupart des gens, je suis assez marginale " Oh regardez celle-là, elle a pas fait d'études, vous vous rendez compte !?", "Sa mère est partie, on ne sait où, une artiste encore, ces gens-là, des bons à rien ! Ils vivent sur une autre planète !" "Vous savez ce qu'on dit de son père, il a profité de la disparition de sa femme pour la récupérer ! Et vous savez où il l'a amené sa gamine ? En Afrique ! Chez les sauvages ! Pauvre petite, aucune éducation !" ou encore "Alors là voilà de retour, celle-là ! Et plus, pour épouser un avocat ! Elle sait où mettre les pieds, celle-là, pas à côté de ses pompes, au chômage mais un mari qui gagne bien !" Et je vous en passe et pas des plus agréables croyez-moi ! Ce n'est pas qu'on s'attaque à moi qui me pose problème mais à mon entourage. Je trouve ça tellement injuste. Si je vous le dis, c'est plus par humour que par amertume, au fond ce qui rend ces gens comme ça, c'est l'ignorance ! On peut avoir fait toutes les études du monde et être bête comme ses pieds !

Elle avait imité chacun de ses détracteurs avec amusement et ironie. Ces mots-là, elle avait prit l'habitude de les entendre depuis qu'elle était enfant. Parfois, elle se disait que c'était ça qui avait fait partir sa mère et pousser son père à vivre aussi loin de son pays. Par chance bien sur, tout le monde, chez elle, n'était pas comme ça. Riley évoquait maintenant l'hypothèse de la mettre à l'écriture. L'idée avait quelque chose de tentant et de saugrenue à la fois. Johannes avec ses dons d'orateur et ses tournures était lui un bon écrivain, pas sur que l'on puisse en dire autant d'elle. Elle était heureuse de voir l'écrivain partager la même opinion qu'elle sur les gens. Elle n'était pas prête de regretter de l'avoir abordé à ce bar.

- Je doute qu'elle vous oublie. On oublie jamais ce qui créait en nous une vocation. Je suis incapable d'oublier les noms et les visages de chacune des personnes à qui je dois mon amour pour la peinture. J'aimerais être là pour voir ça ! Elle serait surement très heureuse de vous voir en chair et en os. Je crois que je vais rester sur la peinture, j'ai bien peur que mon écriture puisse paraître trop brouillonne ou éparpillée. Même si j'avoue que l'idée de coucher sur papier, une partie de ma vie dans l'humanitaire pourrait être intéressant.
Je suis contente de voir que nous avons le même avis. Je suis surprise d'apprendre que vous êtes un expatrié. Je crois que vous avez raison. On devrait pouvoir vivre sa vie sans regretter ses choix. C'est vrai que tout n'est pas toujours facile mais les regrets ne servent pas à grand chose si ce n'est à nous freiner. Et quoi qu'il arrive, il y aura toujours du bon ou du mauvais dans une décision, s'il revêt un tant soit peu d'importance. La richesse en tout cas est un but totalement inutile. Tant qu'on possède de quoi vivre décemment, on ne devrait pas courir après. De toute façon, c'est une chimère, ça va, ça vient. On devrait se contenter de ce que l'on a, parfois, il suffit de pas grand chose. Je fais pas l'apologie de la pauvreté, loin de là, je dis juste que parfois les gens modestes sont plus heureux que les riches, d'ailleurs, c'est souvent le cas, même s'ils ne s'en rendent pas forcément compte.


Riley poursuivait et encore une fois, son sens abondait dans le sien. C'était l'une des raisons pour lesquelles les galères ne l'avaient jamais complètement anéanties. Elle avait toujours quelque chose à quoi se raccrocher. Ses rencontres, lui, ses principes aussi dans un sens.

- Je vais vous épargner un monologue, je crois que vous avez tout dit. La vie est courte, j'en sais quelque chose et je crois que vous aussi. Les gens me trouvent vieille avant l'âge que je dis ça mais ce n'est pas du pessimisme, je suis juste réaliste. Tout le monde ne vît pas à un âge avancé. Les Occidentaux ont parfois tendance à l'oublier. Mais pour avoir passé près de dix ans hors de l'Occident, je puis vous garantir que la longévité n'existe pas partout !

Comme pour poursuivre sa réflexion, les mots de Riley continuaient sur une lancée plutôt intéressante. Elle aimait l'idée d'avoir pu faire quelque chose, quelque part de pouvoir continuer même loin du continent en question. Elle avait toujours l'espoir en tout cas que tout ne serait pas perdu, même après sa mort. Encore un aspect de son caractère trop optimiste.

- Je ne sais pas si on se rappellera de ce que j'ai fait. Je crois que rien que le fait que certaines des personnes que j'ai aidé là-bas, se souviennent de moi serait déjà beaucoup. Je suis contente de voir que je ne vous ai pas encore assommé sous mes paroles. C'est rassurant ! A cette heure-ci vous avez surement autre chose à faire qu'à m'entendre déblatérer. C'était pas prévu à la base, j'ai pas prévu de noyer quelqu'un sous mes mots mais les choses ont fait que ...

La conversation se poursuivait et Arnkatla était contente d'entendre Riley s'exprimer. La bonne nouvelle c'était qu'il parlait aussi bien qu'il n'écrivait. Il avait une conception des choses finalement assez proche de la sienne à des degrés différents mais tant semblable sur le fond qu'au final, le plus important était là.

- Au final, on en revient toujours au même point essentiel et je pense que vous serez d'accord avec moi. Il faut vivre sa vie, au jour le jour quitte à parfois sortir des sentiers battus et des schémas préconçus. J'aime beaucoup votre exemple. Il est tellement vrai. La vie réserve de toute manière des surprises, alors parfois, il faut essayer d'en choisir quelques unes. Ça rend la vie plus agréable et les imprévus plus acceptables, moins surprenants. De toute manière, suis persuadée qu'on ne peut pas vivre heureux si on reste dans une idée fixe sans s'accorder ne serait-ce que le bénéfice du doute. On perd trop de temps à rester sur cette idée, on ne va pas le reste autour et on oublie au final l'essentiel. Je pense qu'on naît tous égaux et que ce sont nos choix qui font ce que nous sommes. Les choix des autres aussi, bien sur. De sa famille notamment. Mais le moment venu, il faut savoir suivre son instinct plutôt que les on-dit. Parce que les donneurs de leçons ne seront pas là quand on aura besoin de quelqu'un !
Shakespeare dites-vous ? Encore un anglais qui pensait comme il fallait. Comprenez, je suis une grande fan d'un autre auteur de cette région, Oscar Wilde, que je trouve absolument fascinant au passage, mais je m'éloigne. Vous avez raison. Ce sont parfois les épreuves qui nous forgent, qui nous aident à réaliser. Les gens devraient être plus ouverts, plus tolérants, plus généreux dans un sens. Je ne parle pas de générosité financière bien sur, c'est superficiel comme concept mais plus de donner un peu de temps, parfois ou juste un minimum d'attention aux gens qui nous entourent. La vie serait tellement plus agréable !
Vous n'êtes pas le premier à me le dire, rassurez-vous ! Je ne suis pas offensée, pour moi 30 ans, ça n'est pas vieux. D'ailleurs vous saviez quoi, je n'ai pas peur de vieillir ! Ça voudra dire que j'aurais vécu et je serais toujours fière de l'expérience que j'aurais pu avoir de la vie.
Je suis contente de vous l'entendre. J'ai bien conscience de ne pas avoir la science infuse, je peux me tromper comme tout le monde bien sur.


Riley abordait maintenant le thème de l'art et dans ses mots, elle avait l'impression qu'il savait ce que cela représentait. Il était écrivain après tout. Il était bien connu que tous les artistes donnent un peu d'eux-même dans leurs créations. Ce devait être son cas aussi.

- Je crois que je vais finir par me lancer tenter. Rien ne garantisse que ça marche mais après mon discours sur les risques, il serait paradoxal que je ne prenne pas celui-là, vous ne croyez pas ? Vous pensez ? Au vu du but de mes conférences, j'ai pensé que ça serait évident. Je ne suis pas là pour faire ma promotion, plutôt la leur. Et puis vous verriez, ils sont tellement doués ! Je n'ai pas le quart de leurs talents. Ils ne peignent pas sur des toiles comme nous, c'est vrai mais ils ont une manière de voir l'art qui est fascinante. Comme s'ils saisissaient la beauté de la moindre chose au travers de leurs pinceaux ou même de leurs doigts devrais-je dire pour la plupart. Ils sont en communion directe avec leur oeuvre, les voir faire est absolument fascinant !

Alors Riley lui commandait un nouveau verre de scotch dont sa gorge commençait à ressentir le besoin, il reprit le sujet de son père. Elle sourit à la fin de le voir finalement gênée. Mais elle avait déjà parlé de lui à plusieurs reprises, il était normal que cela entraîne des questions. Elle avait remarqué dans son regard une émotion triste qu'elle connaissait bien et elle accepta de parler à son tour pour lui changer peut être encore les idées.

- Ca ne me dérange pas. Je voies bien que votre question ne porte pas de jugement. Mon père est décédé, il y a maintenant huit mois. Parfois j'ai l'impression que c'était hier. Je suppose que ça me fera toujours cet effet-là. Pardonnez à mon tour mon indiscrétion mais vous avez aussi perdu quelqu'un récemment ?

Elle regretta aussitôt cette question, de peur de produire l'effet inverse de celui voulut à l'origine.




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MessageSujet: Re: [FB] Les rencontres sont-elles vraiment des hasards ? [Arnkatla Hrafnsdottir & Riley Thompson]   Mer 28 Mar 2012 - 17:16

Arnkatla Ҩ Riley
« Le hasard donne les pensées et le hasard les ôte » - Blaise Pascal


La curiosité, un vilain défaut dites-vous ? Absolument pas. Il s'agit tout simplement du désir de connaître le pourquoi et le comment d'une situation ; un intérêt à l'égard de quelqu'un ou d'un phénomène. Réel intérêt ou intérêt mal placé ? Peut-être bien un mélange des deux. Pourquoi fallait-il toujours qu'il pose les mauvaises questions ? Celles qui inexorablement le ramenait quelques années en arrière. L'évocation de la mort d'un être cher, lui explosa en pleine figure. Il revoyait Sunny, sa petite amie, son sourire, sa joie de vivre, ses cheveux flottants dans les airs, tel un drap de soie s'agitant au vent, alors qu'ils se trouvaient en haut d'une montagne russe. Vision douloureuse, flash incandescent et lancinant d'une vie qui paraissait maintenant être antérieure.

« La révolte, tout comme la colère doit faire partie du processus de deuil. Il faut bien mourir un jour de quelque chose, mais lorsque cela arrive on a tendance à trouver cela injuste. En un sens, ce n'est pas juste pour votre père. Il avait certainement encore de très belles années à vivre, devant lui. Vous avez raison, ce sont toujours les meilleurs qui partent les premiers. C'est tragique, mais vous semblez le prendre de manière plutôt philosophique. Je dois reconnaître que j'admire votre comportement. Haussement d'épaule. Oui, c'est sur, personne n'est immortel, mais on souhaite toujours à ses proches que cela arrive le plus tard possible et de manière la moins brutale. Malheureusement, on ne contrôle pas ce genre de choses. Peut-être qu'il existe quelque chose après la mort, ou peut-être pas. Il doit sans doute faire bon là haut ou en bas, je ne sais pas, car personne ne s'en est jamais plaint ! Je ne trouve pas ça bête, c'est une manière comme une autre d'appréhender la mort avec plus ou moins de sérénité. Une façon de ne pas avoir peur lors du grand plongeon. Il secoua la tête en signe de négation, un léger sourire s'étira petit à petit au coin de ses lèvres. Ce n'est pas déprimant, c'est réaliste, rien de plus. Au moins, vous avez toujours votre mari, vous n'êtes pas seule... vous en avez de la chance. L'alcool et ce genre de discours mêlé ça ne fait généralement pas très bon ménage, si je puis me permettre. Ah, je retire ce que je viens de dire, ce n'est pas de l'alcool que vous buvez. »

La maison d'édition qui s'était occupée de la diffusion de tous ses ouvrages depuis le début, n'avait pas souhaité les exporter en dehors des frontières Américaines et Canadiennes, il s'était contenté de cela jusqu'à présent. Être un auteur « local » lui convenait parfaitement, tant qu'il arrivait à joindre les deux bouts, peut-être qu'un jour il n'en serait plus de même. Peut-être qu'un jour pas si lointain que cela, il en aurait tout bonnement assez d'écrire, ou tout bonnement plus l'envie, la panne sèche, le syndrome de la page blanche. En fait pour être tout à fait exact, c'est déjà ce qui était en train de se produire. Plus grand chose en ce bas monde ne pouvait lui redonner la joie de vivre, l'envie d'avancer, d'aller de l'avant. Des pensées, toutes plus sombres les unes que les autres l'envahissaient, quotidiennement. A quoi bon continuer dans ces conditions ? Il n'avait plus aucun espoir, aucun avenir. Le néant le plus total s'offrait à lui, alimentant chaque jour cette tristesse qui ne le quittait plus, qui dansait avec lui depuis bien trop longtemps. La vie en rose avait viré au noir, plus rien ne lui apparaissait comme étant rayonnant, plus rien n'avait le même goût, la même odeur, la même chaleur.

« Je garde ma prétention pour moi, cela m'évite de prendre la grosse tête sans doute. J'arrive à vivre plus que décemment je ne trouve pas cela aussi dommage en définitive. Peut-être qu'un jour, lorsque je ne serais plus de ce monde, mes œuvres feront le tour de tous les continents. Je m'estime heureux qu'au moins un de mes livres ait réussi à quitter la frontière Américaine. Oh, à peu de choses près, les techniques des hommes politiques d'ici doivent être sensiblement identiques. C'est un sujet auquel je ne m'intéresse guère, je ne saurai donc le dire avec certitude. Les paradoxes sont cela dit intéressants, c'est sans doute cela qui fait votre richesse. »

Les gens sont parfois bien bêtes, à vouloir juger autrui sans même prendre le temps de connaître un tant soit peu la personne. Les préjugés sont tellement plus simples... Le nombre d'années d'études ne fait pas de quelqu'un, un être exceptionnel, bien au contraire.

« Ce n'est pas tous les jours que vous aurez la chance d'être complimentée par une « star » locale. Ce petit trait d'humour lui arracha un sourire. Plus personne ici, ne savait qui il était ni ce qu'il avait fait auparavant, depuis plusieurs années déjà. Les gens sont idiots tout simplement. Émettre un jugement aussi rapide basé sur des à priori à la mord moi le nœud c'est tellement facile, pourquoi s'en priver après tout ? Juger la véritable valeur d'une personne ça par contre ce n'est pas à la portée de tous. Malheureusement, la bêtise humaine n'épargne personne, surtout pas ces soit disant érudits à deux francs si sous sortant de ces écoles prestigieuses... »

Riley ne partageait pas franchement l'avis d'Arnkatla, concernant la jeune Africaine. Celle-ci serait sans aucun doute déçue si elle était amenée à le rencontrer.

« Il y a de fortes chances pour qu'elle regrette vite une éventuelle rencontre, elle serait même plutôt déçue. Je ne suis pas franchement passionnant et puis je n'écris plus rien pour le moment. Nouveau sourire. Et bien c'est à vous de voir. Cela dit, parler dans un ouvrage de vos expériences dans l'humanitaire pourrait être une bonne idée. Un moyen de plus de changer la vision des gens. Oui c'est difficile à croire, car je n'ai pas un accent aussi prononcé que le votre, mais si je ne fais pas attention, je pense que je peux rapidement être démasqué. Tabarnak, ajouta-t-il avec un large sourire. Se contenter de ce que l'on a, sage idée. La plupart des gens que je connais, que j'ai pu côtoyer pensent différemment, il en est sûrement de même pour une large partie de la population mondiale. Enfin tout ça est bien triste, mais on ne risque pas de changer la face du monde. »

Durant quelques instants, il plongea son regard dans son verre, se perdant dans sa contemplation inutile, avant de revenir à la conversation en cours. La vie est courte, bien trop courte, beaucoup plus parfois que l'on ne le souhaiterait. Il sentit à nouveau sa gorge se serrer. Quelle idée d'aborder ce genre de sujets aussi ? Parfois, il avait envie de se coller des gifles. Il ne trouva rien de plus à ajouter sur le sujet, préférant ne pas remuer encore plus le couteau dans la plaie, c'était largement suffisant pour le moment, aussi se contenta-t-il simplement d'acquiescer en hochant la tête.

« Vos actions doivent certainement toujours persister sur place, il suffit de quelques personnes seulement pour retransmettre oralement vos actes de génération en génération et le tour est joué. Si vous vous montriez aussi pipelette avec eux qu'avec moi, il y a de fortes chances pour qu'ils ne vous oublie pas de si tôt ! Un sourire taquin apparu alors sur le visage du Canadien. Si je m'écroule, raide sur le comptoir, là vous pourrez vous inquiéter mais pour le moment tout va bien. »

Avait-il mieux à faire que de boire et de parler à une parfaite inconnue ? Et bien, non ! Cet événement serait sans doute le plus notable et le plus marquant de ces mois à venir. Il se renfrogna quelque peu. Il était tout simplement pathétique. Pourquoi n'arrivait-il pas à se relever, lui qui avait affronté cette bataille avec tant de hargne ? La prison l'avait cassé ni plus ni moins, le laissant là, gisant presque inerte à même le sol. Il aurait mérité que quelqu'un le secoue, lui dise sans ménagement qu'il n'était qu'une pauvre loque, seulement il n'avait plus personne pour remplir ce rôle. Si Sunny était capable de le voir, depuis l'endroit où elle se trouvait, elle devait avoir honte. Cette simple pensée lui fit mal.

« Vous allez sûrement me trouver pathétique, mais … la vérité c'est que... je n'ai rien d'autre et surtout rien de mieux à faire que de cuver mon alcool ici. Et vous, ne devriez vous pas être en train de travailler sur votre conférence de demain ?  Au fait quel est votre nom ? »

Il voulait simplement pouvoir mettre un nom sur ce visage. Ils enchaînèrent sur l'idée tout à fait judicieuse, qu'il fallait vivre sa vie de la manière dont on l'entend, sans attendre un quelconque lendemain, ne surtout pas attendre... afin de ne pas regretter. Prendre des risques tout simplement, saisir sa chance lorsque l'opportunité vient frapper à votre porte.

« Je suis parfaitement d'accord avec ce que vous avancez, vivre sa vie comme on l'entend, sans se soucier de quoi que ce soit, c'est certainement le mieux à faire. Enfin sans se soucier de quoi que ce soit, sauf de la morale bien entendu, je ne suis pas en train d'avancer l'idée qu'il faut faire tout et n'importe quoi non plus. Nos choix ; les bons comme les mauvais, façonnent ce que nous sommes, il ne faut juste pas avoir peur de choisir, et surtout ne pas se poser trop de questions. Au diable les donneurs de leçons. Vous ne vous éloignez pas, vous avez de très bons goûts visiblement. J'avoue avoir une légère préférence pour Wilde, je trouve toute son œuvre véritablement fantastique. Enfin je vais m'arrêter là, sinon je risque d'en parler des heures durant... La société actuelle a tendance à nous rendre bien trop égoïstes et égocentriques, il n'y a guère de place pour la générosité, la vraie au milieu de tout ce fourbi. Tout à fait, la vie n'en serait que plus appréciable. Un sourire un peu triste vint animer son visage. Lorsque vous aurez mon âge et une bonne partie de votre vie derrière vous, peut-être que vous reverrez votre jugement. En attendant vous avez largement le temps de voir tout ça venir. Enfin peut-être pas tant que ça, le temps passe tellement vite... »

Riley écouta attentivement la réponse de la jeune femme quant au fait qu'elle devrait peut-être penser à se lancer dans une exposition de ses toiles. Une fois de plus, c'est avec beaucoup de plaisir qu'il l'écouta parler de l'Afrique. Ce sujet la passionnait vraiment au plus haut point, il était intéressant et plaisant de l'écouter en parler.

« Peu importe que cela fonctionne ou non, le plus important restera votre prise de risque. En effet, il serait tout à fait contradictoire que vous ne vous lanciez pas dans l'aventure, après le discours que vous venez de tenir. Enfin je ne voudrais pas vous poussez à faire quelque chose, dont vous n'avez pas vraiment envie au final. Ce n'est pas mon but. La manière dont vous parlez d'eux donne vraiment envie d'en découvrir plus. Vous avez dû entrevoir de somptueuses choses lors de votre « séjour » là-bas. Vous pouvez vraiment vous estimer chanceuse. »

Huit mois, c'était encore tout frais, tout juste le temps de voir trois saisons défiler. Une fois de plus, il admira la façon dont la jeune femme appréhendait cette disparition. Elle paraissait être en accord avec elle-même, prenant tout ceci avec beaucoup de recul. Elle était humble. Il se sentit honteux soudainement, la disparition de Sunny remontait à quatorze années et il avait l'impression d'en être toujours au même point, au même stade de son deuil, qui pour une raison inexplicable, ne voulait pas se faire de manière correcte. Il se raccrochait à son souvenir - tel un naufragé s'accrochant à sa bouée de sauvetage – vivant avec son fantôme qui le hantait chaque nuit. C'était sûrement là le seul moyen, que son subconscient ait trouvé pour la faire subsister à ses côtés. Ce n'était pas sain, il n'était que bien trop conscient de cette fatalité.

« Sa disparition ne remonte pas à si loin que ça, c'est normal que vous ayez l'impression que cela date d'hier. Mais vous avez raison, ce sentiment persistera bien des années après. La douleur sera certes moins vive, mais l'absence elle sera toujours aussi écrasante. Encore une fois, j'admire la façon que vous avez d'aborder le sujet. Le regard de l'écrivain se fit fuyant, se posant une fois à droite, une fois à gauche, sans réellement se fixer sur quelque chose. Mal à l'aise, il se passa une main dans les cheveux. Oui, j'ai perdu quelqu'un, mais ce n'est pas récent. Ça fait bientôt 15 ans et je dois reconnaître que c'est toujours aussi douloureux. Nouvelle boule dans la gorge, il senti que ses yeux le piquait, comme si des larmes taries depuis bien longtemps voulait remonter à la surface, pour s'écouler en cascade. A croire que tout le monde n'est pas muni de la même façon pour faire face à ce genre de tragédie. »

Ne sachant quoi ajouter de plus et ne voulant pas trop en révéler, il plongea une fois de plus son regard au fond de son verre. S'il avait pu sauter dans son contenu pour s'y noyer, il l'aurait fait sans la moindre hésitation.

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Dernière édition par Riley Thompson le Jeu 10 Mai 2012 - 12:25, édité 1 fois
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Arnkatla R. Hrafnsdottir
16 Avril 1976 - 14 Novembre 2002
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MessageSujet: Re: [FB] Les rencontres sont-elles vraiment des hasards ? [Arnkatla Hrafnsdottir & Riley Thompson]   Mar 8 Mai 2012 - 19:20

Elle ignorait quelle heure il était mais pour le moment peu lui importait. Elle se sentait apaisée, bien plus calme qu'au début de cette conversation qui prenait sans cesse une nouvelle tournure toujours plus philosophique ou en tout cas construite et sincère. Arnkatla ne s'était pas vraiment attendue à ce genre de rencontres en arrivant aux États-Unis. Les occidentaux étaient parfois bien trop centrés sur eux, sur leur vie, sans prendre la peine de parler avec les autres, de converser sur des sujets aussi diverses que variés. Elle ignorait si Riley Thompson était de cela d'ordinaire mais ce jour-là, il semblait aussi volubile qu'elle.
Parmi les sujets qu'ils abordaient autour de plusieurs verres, la discussion avait dérivé sur la mort. Cette question ne cessait de renvoyer la jeune femme vers sa famille. Son père en particulier mais aussi en fin de compte sa mère et le reste de sa famille qu'elle avait finalement peu connu. La mort était injuste, oui. Elle prenait les choses avec philosophie, avec calme mais cette pensée restait toujours ancrée, comme un sentiment parfaitement humain. On ne peut pas quitter qui on est en réalité. Nos sentiments nous rattrapent toujours.

- Merci. Je fais face comme je peux. Je suppose que l'injustice est une partie de la vie. Tout le monde le dit. La mort aussi en fin de compte. On ne peut rien y faire, alors il ne sert à rien de lutter ou de regarder sans cesse en arrière. - elle sourit - C'est aussi pour ça que j'ai envie d'y croire. Pouvoir terminer ce que l'on a commencé ailleurs, je trouve ça à la fois dingue et poétique. C'est juste que parfois je me dis que ce ne sont pas les bons qui partent quand il faudrait. Je ne veux pas polémiquer ou ce genre de choses. Mais simplement je trouve parfois que certaines souffrances sont inutiles. -elle se mordit la lèvre - Je ne suis pas partisane de la peine de mort par exemple. Mais je ne peux pas m'empêcher de me dire que certaines personnes devraient parfois payer cher pour ce qu'elles font aux autres. Il ne s'agit pas de faire justice soi-même, même si je sais que quand on appartient à des familles de victimes de meurtre ou de toutes sortes d'atrocités, on le voudrait bien parfois. Moi-même, parfois, je me dis que ces types-là devraient payer mais je me ravise. J'ai beau savoir me servir d'une arme, je ne crois pas que je pourrais la pointer sur quelqu'un pour tuer. - elle rit - Je dois vous paraître complétement dingue à parler de ça. C'est mon grand défaut, je dérive toujours sur des sujets réjouissants qui me font passer pour une évadée d'asile. Bon peut être pas d'asile mais une timbrée sans aucun doute. - elle s'arrêta, rit et tourna son verre entre ses doigts - Je suis désolée. C'est ma conception à moi de l'injustice. Que les innocents souffrent à la place des coupables, ça a tendance à me révolter.

Elle s'arrêta une nouvelle fois. Elle se mordait les lèvres et se maudissant intérieurement.

- Vous avez raison, heureusement que je ne bois pas d'alcool.

Elle voulut revenir à la suite de la conversation. Arnkatla comprenait cette forme d'humilité dont semblait faire preuve l'écrivain. Elle apprécia sa réponse mais ne put s'empêcher de noter un élément. Contrairement à Riley, la jeune peintre avait une sorte de fascination pour la politique, en tout cas, celle qui la touchait directement. Elle se souvenait parfois avec honte de cette opération qu'elle avait mené avec des femmes en Afrique contre un siège gouvernemental. Elle n'était pas très fière de cet événement, surtout qu'il n'avait pas eu l'effet escompté mais à partir de là, elle avait été fichée comme militante politique à surveiller. S'ils savaient ...

- Je vous reconnais bien cette forme d'humilité. J'espère en tout cas que oui, un jour, vos œuvres feront le tour du monde, je trouverais ça amplement mérité. Je ne suis pas étonnée, en Afrique aussi, ils sont de cette matière-là. - elle rit une nouvelle fois et rougit légèrement - Vous allez me trouver encore plus dingue mais tant pis ! Cette histoire de politique me rappelle une vieille anecdote de mon séjour en Afrique. C'était il y a quelques années maintenant. A l'époque, je vivais seule avec une tribu entièrement composée de femmes. Mon père qui était encore en vie, se trouvait avec un raid d'hommes visant à aider une population isolée. Je ne l'ai pas vu pendant des semaines. Cela était, je me trouvais avec ses femmes et depuis quelques temps, elles en avaient assez d'être obligés d'envoyer leurs fils rejoindre l'armée du chef en place. C'était un riche notable, qui se prenait pour un roi et qui dirigeait cette région avec sa cour comme s'il était seul maître. Il avait, voyez-vous, une immense bâtisse qui se voulait new-age mais qui au final était juste une bâtisse carrée et immense. Un architecte m'entendrait parler, il me sauterait à la gorge mais là n'est pas la question. Pour moi, c'était juste un grand bloc de pierres blanches. Les femmes donc, commençaient sérieusement à manquer de soutien masculin suite au départ du raid et un matin, elles ont refusé de livrer leurs derniers fils en âge au chef en place. Sur le coup, les quelques rares hommes venus ont fait machine arrière, surement pour aller prévenir le chef et chercher d'autres renforts. Cap les femmes l'ont senti venir. Ces femmes-là, elles savaient se battre mais le chef l'ignorait. Elles avaient du s'entraîner pour éviter d'être attaqués pour un animal ou autre pendant les absences des hommes. Et à partir de là - elle fit une pause, commanda une autre boisson et reprit son inspiration - Oui donc à partir de là, elles ont envisagé d'aller elles-même rendre visite au chef pour qu'il cesse de réclamer les fils. Je leur ai déconseillé de le faire. Enfin en tout cas avec l'intention de se battre. Le chef était peut être un crétin, lui et ses hommes étaient armés avec de la grosse artillerie et du haut des murailles, ils n'auraient eu aucun mal à les descendre une par une. Toutefois la situation ne pouvait pas rester comme ça, j'ai donc pensé à un stratagème. - elle s'arrêta une nouvelle fois pour rire - Promettez-moi de ne pas vous moquer de moi mais à l'époque, j'étais jeune, seule et avec peu d'expérience. Enfin tout ça pour dire que j'avais pensé à quelque chose. En fait, ces femmes-là en Afrique avaient une tradition particulière à l'occasion de la fête de la pluie et ça m'a donné une idée. Grâce aux semaines que j'ai passé gosse totalement dans la nature, en Islande, j'avais appris à me repérer avec la météo. Ça n'est certes pas la même en Afrique mais les signes sont assez semblables. Je leur ai conseillé d'attendre la fin de journée. Selon mes prévisions en effet, il se pouvait bien que la pluie arrive plus tôt que prévu. Ce chef avait beau être riche, il était pour ainsi dire assez superstitieux. J'ai donc proposé à ses femmes de mettre en place leur fameuse tradition non pas au village mais juste devant la résidence de notre cher chef. Et si les choses se déroulaient selon mon plan, il penserait donc que c'étaient les femmes qui en guise de protestation avaient causé la pluie et donc qu'elles pouvaient la contrôler. Bien sur, elles, elles savaient bien que non. Elles connaissaient bien leur pays et tout ce qui allait avec mais lui, il les pensait trop bêtes pour réfléchir à quelque chose du genre. Je vais pas tout vous détaillez, je pense que vous voyez le type de personnage. La fin de journée, les femmes et moi sommes donc partis vers la résidence afin de protester de la situation auprès du chef. J'ai demandé aux gardes de nous faire venir le chef avant que l'on puisse discuter. Comme prévu, ce dernier n'est pas sorti de la bâtisse mais est tout de même venu sur le toit. Je lui ai expliqué nos revendications et nous avons commencé notre ... rituel. Je ne sais pas comment vous expliquer ça ....

Elle hésita puis se leva de son tabouret. Elle prit une grande inspiration et exécuta ce qu'elle avait ce jour-là exécuté au côté des femmes du village. Elle enleva la première couche de vêtement de son haut, puis la seconde. La danse qu'elle fit ainsi dévêtue avait quelque chose de ridicule et d'effrayant à la fois. La scène dura ainsi plusieurs minutes et quand les rires et exclamations commencèrent à devenir trop nombreux, elle s'arrêta en souriant et remit ses vêtements. Elle retourna s'asseoir et but à grandes gorgées son verre qui était finalement arrivée. Elle ne se retourna qu'après vers son interlocuteur à l'air éberlué presque autant que le barman.

- Je t'épargnes la suite. Bref, crois-le ou non, cette espèce de danse que j’exécute aussi bien qu'une autruche qui tenterait de faire du ballet à marcher. J'étais sans aucun doute la plus ridicule et la plus risible du groupe, surtout à côté de ses femmes qui avaient l'air de vraies danseuses mais ça a marché. Il a plut et le chef a eu la trouille de sa vie. Il m'a regardé comme si j'étais possédée par le démon et promit que dés le lendemain, tous les jeunes garçons seraient rendus à leurs mères. Depuis ce jour-là, je suis sur la liste des dissidentes politiques alors que j'étais sans aucun doute aussi pitoyable que maintenant. Je vous épargne le reste bien sur, vous appelleriez le service psychiatrie le plus proche.

Elle pensait à la suite de ses paroles. Il y avait pas mal de vrai dans ce qu'il disait. Elle sourit. Sa danse improvisée lui avait donné des couleurs. Elle espérait vraiment qu'il ne prendrait pas totalement pour une folle. Elle continua de penser à la suite. Il était persuadé que la jeune africaine serait déçu. Pour elle qui ne l'était pas, cette opinion lui paraissait erronée. Pour le reste, elle n'était pas sure d’exécuter cette idée d'écrire mais qui sait, peut être dans quelques années. Pas forcément pour le public, plutôt pour elle ou peut être ses enfants. Elle sourit à cette idée.

- Je n'en serais pas si sûre. Moi en tout cas, je ne suis pas déçue. Je ne sais pas trop. Peut être que je changerais d'avis dans quelques années. Si j'ai des enfants par exemple. Je m'en doute. J'en rencontre moi-même sans cesse. Je pense pourtant que tant que l'on peut vivre décemment et que l'on est en bonne santé, on a pas besoin de plus. Parfois j'aimerais vraiment que les gens comme ça se rendent compte de leur chance mais c'est bien connu tout le monde veut ce que le voisin a. Ça doit être dans la conception même de la société. On ne peut pas que les médias par exemple donnent envie de penser de cette façon. Je crois que c'est le message qu'il faudra changer, avant de changer la face du monde. Par chance, il existe quand même certaines personnes qui pensent comme ça. Ils restent donc un espoir.

Elle sourit à la suite. Elle espérait vraiment que des gens avaient continué son travail mais rien n'était moins sur. Tout était tellement fragile. Elle avait en tout cas fait ce qu'elle avait à faire et ne gardait donc aucun regret.

- Serait-ce de l'humour, M. Thompson ?

Elle avait pris un ton offensé mais en réalité, elle arborait un grand sourire. Malheureusement oui, sa volubilité ne datait pas d'aujourd'hui.

- Vous allez me faire sentir coupable. Je vais finir par penser que je les ai saoulé avec mes mots ! Très bien, dans ce cas, je vais être prudente. Je m'en voudrais s'il vous arrivait quelque chose à cause de moi et de mon bavardage incessant.

Elle se sentait décidément très bien. Son interlocuteur paraissait parfois ailleurs mais elle appréciait vraiment sa compagnie. Etait-il pathétique de n'avoir rien d'autre à faire ? Non pas vraiment. Pas à ses yeux en tout cas. Elle avait vu bien pire et l'homme à côté d'elle ne semblait pas vouloir de mal à qui que cela soit.

- Si ça peut vous rassurer, j'ai vu pire. De fait, pour moi, vous n'avez rien de pathétique et puis sans parler de moi, je suis contente de vous avoir rencontré même pour cuver ! - elle rit et répondit à ses questions - J'ai déjà tout ce qu'il me faut dans mes valises et à en juger par la réaction de mon mari avant mon départ - soit celle d'un homme qui en avait trop entendu pendant trop longtemps - me laisse à penser que je suis assez entrainé. Pardonnez-moi, je parle tellement depuis tout à l'heure que j'en ai oublié jusqu'à la politesse la plus élémentaire. Je m'appelle Arnkatla, Arnkatla Hrafnsdottir. Mais si vous pouvez utiliser un diminutif si vous voulez.

Ils en étaient toujours au point clé. The way of life. Arnkatla avait appris à grandir vite par la force des choses et son père lui avait appris dés qu'ils avaient vécu ensemble à suivre son instinct. Ce conseil, elle l'avait toujours suivi. Au final, elle n'avait aucun regret, pas même d'avoir été obligée d'arrêter. La vie est faite d'accident qu'il faut savoir accepter pour avancer et la mort de son père avait été cet "accident" pour elle.

- Je ne peux qu'approuver ce que vous dites encore une fois. Je crois qu'on devrait plus souvent se fier à son sixième sens, son instinct, vivre comme on le sent tant que l'on ne met personne en danger, y compris soi-même et juste vivre sa vie. Je voies que nous avons les mêmes gouts en matière de littérature. Je vous avouerais que je trouve moi aussi son œuvre fascinante, presque autant que le personnage l'était. Vous avez peut être raison. Je suis peut être trop jeune. Cela étant j'ai beau avoir eu une enfance relativement courte, je ne la regrette pas tant que ça. Peut être parce que pour certains je ne l'ai pas encore terminé. Mais je suis curieuse. Curieuse de ce que la vie me réserve encore. J'ai envie de vieillir. Mais pas forcément seule. Je ne sais pas vous, mais moi je me voies avec une grande famille, pleine d'enfants. J'ai envie d'être mère, puis grand-mère et j'ai envie de voir le monde évoluer. Peut être que je changerais d'avis, peut être pas. C'est toute l'inconnue qui est excitante.

Elle hésitait toujours mais Riley n'était pas le seul à l'y faire réfléchir. Johannes lui-même lui répétait bien souvent. Elle avait toujours considéré que son avis bien qu'important à ses yeux n'avait rien d'objectif mais cet homme-là. Ils se connaissaient à peine depuis quelques heures et même s'il n'avait pas pu juger les toiles, ne pouvait pas avoir complétement tort. Elle hésitait mais se connaissant, elle savait qu'elle finirait par le faire.

- Telle que je me connais, je vais bien finir par le faire. Lorsqu'une envie me prend de ce genre, j'ai du mal à la réprimer. Ça va me trotter dans la tête pendant des jours ! En tout cas si j'en fais une ici, sachez que vous aurez droit à une invitation spéciale ! Je sais que je suis chanceuse, je me dis ça tous les jours et c'est pourquoi au final, je suis si optimiste sur certaines choses. J'ai vécu de tout comme tout le monde mais j'ai vécu parfois plus à certains moments. Je me sens privilégiée sans vouloir paraître prétentieuse ou autres.

L'écrivain paraissait soudain mal à l'aise. La raison fut donné peu après. Il avait perdu quelqu'un il y a quinze ans. Et c'était visiblement toujours aussi âpre. Arnkatla ne souriait plus, elle était plutôt pensive. Elle cherchait les mots qu'elle pourrait ajouter pour l'aider à chasser les idées noires qui semblaient venir le hanter mais elle n'y parvenait pas. Quelque chose en elle la bloquait. Comme la pièce d'un puzzle qui manquerait. Elle l'observa sans voyeurisme.

- Il est évident que non mais nul ne peut se le reprocher. Il s'agit parfois d'un masque. Les circonstances aussi jouent beaucoup. Je sais pour ma part que j'aurais toujours plus de mal à comprendre la disparition de ma mère que la mort de mon père. J'ignore de qui il s'agissait pour vous et je ne veux pas remuer le couteau dans la plaie, alors je vais m'arrêter là ... Mes condoléances, même si ça fait quinze ans.

Elle acceptait la disparition de ses parents parce que bien que prématurée, elle était inévitable pour un enfant. Mais elle n'était pas sure que si cela devait arriver à son mari, elle réagirait de la même manière. Elle avait connu la vie sans ses parents parfois même sans qu'il soit mort, pas sans Johannes. Elle savait qu'elle ne le supporterait pas, pas comme ça. Elle espérait juste ne jamais le vivre.
Elle faisait tourner son alliance à son doigt et laissa le temps à Riley. Elle parlait déjà trop, elle n'avait pas envie de le bousculer.



[Je suis vraiment, vraiment, vraiment désolée pour le retard. Mais entre l'ordi mort, pas de net et tous mes dossiers, les semaines ont filé sans que j'ai pu me consacrer à mes RP. Je suis vraiment désolée, c'est la dernière fois, que je te fais attendre aussi longtemps. J'espère que ça te conviendra en tout cas]


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MessageSujet: Re: [FB] Les rencontres sont-elles vraiment des hasards ? [Arnkatla Hrafnsdottir & Riley Thompson]   Lun 14 Mai 2012 - 13:21

Cette conversation avec une parfaite inconnue venait de lui prouver qu'il faut parfois laisser place au hasard, ou bien même accorder le bénéfice du doute à quelqu'un qui, de prime abord ne vous paraît pas forcément très intéressant. Une erreur de jugement est si vite faite. Avec de simples paroles, cette jeune femme venait de toucher son âme. Ces idées noires ne s'envolaient pas pour autant, mais disons qu'il s'agissait là d'une trêve avec lui-même. Cette rencontre lui donnait une sorte de sursis. Il est de ces rencontres qui arrivent à changer – pour quelques temps du moins – le court de votre vie. Était-ce écrit quelque part que cette rencontre entre ces deux individus aurait lieu un jour ou l'autre ? Peut-être, sinon comment expliquer que deux personnes qui n'ont visiblement rien à faire ensemble, résidents en temps normal à des milliers de kilomètres l'une de l'autre, se retrouvent ici-même dans ce bar, à cet instant ? Coïncidence ou pur hasard ?

« La mort est une injustice, tout comme la vie d'ailleurs. On ne naît pas tous avec les mêmes chances, à savoir une jolie famille, qui ne manque de rien... C'est un combat perpétuel, jusqu'à notre dernier soupir on ne cesse de se battre, contre soi, contre les autres, contre la société. Après comme vous dites, on a le choix, soit se retourner sans cesse sur sa vie, soit décider d'avancer coûte que coûte. J'avoue que je ne suis pas tout à fait d'accord quand vous dites qu'on ne peut rien y faire. On peut très bien faire un pied de nez à la vie, en choisissant le jour et l'heure de sa mort. Enfin je crois que c'est un autre débat. Chemin scabreux, sur lequel il ne souhaitait pas s'aventurer plus en avant. Vous voulez parler de l'acharnement thérapeutique ? Il est vrai que certaines souffrances n'ont pas lieu d'être, mais je crois que les mentalités ne sont pas prêtes à accepter ce genre de chose. L’euthanasie, un véritable tabou. Pour ce qui est de la peine de mort, je comprends tout à fait ce que vous pouvez ressentir, bien plus que vous ne pouvez l'imaginer d'ailleurs. Faire justice soi-même n'arrangerait certainement rien et ne ferait pas taire le chagrin et la souffrance endurée. Mieux vaut laisser la justice elle-même s'en charger, je pense que tout se paie un jour ou l'autre de toute façon. Et puis une fois derrière les barreaux, ce genre d'individus paie le prix fort, les prisonniers ne sont pas tendres entre eux. La prison, il avait connu ça, mais il se garda bien de le dire. Le rire de la jeune femme étant communicatif, il se laissa aller. Ce n'est peut-être pas très réjouissant, mais au moins il y a un sens profond à cette conversation. C'est plus que plaisant, cela faisait longtemps que je n'avais pas eu l'occasion d'échanger sur de tels sujets, alors ne vous excusez surtout pas. Vous avez raison, c'est révoltant... Surtout que la justice est parfois mal fichue, les erreurs judiciaires sont malheureusement monnaie courante de nos jours. »

L'histoire que lui compta la brunette le captiva au plus haut point, il buvait littéralement ses paroles, comme hypnotisé. Jamais encore il n'avait rencontré quelqu'un, avec un passé aussi riche et rempli que celui de cette étonnante demoiselle. Si jeune, mais pourtant déjà pleine d'expériences et d'histoires folles à raconter. Le Canadien en vint à se demander comme était-il possible de vivre autant de choses en si peu d'années.

« Merci à vous. Ah oui ? Cela m'étonne fortement, je pensais que les hommes politiques Africains auraient la décence d'être un peu plus humbles que leurs chers confrères, apparemment je me suis trompé. Avec une grande attention, il écouta ensuite l'histoire que fit partager la brunette. Les yeux de Riley s'agrandirent au fur et à mesure que l'histoire avançait. A la fin il ne put retenir un : Incroyable. Cette histoire est carrément... Il n'eut pas le temps de terminer sa phrase que déjà Arnkatla se levait, se moquant du regard d'autrui, pour lui montrer de quelle façon elle avait réussi à faire peur au chef de la tribu. Quelle étonnante femme, il n'en revenait tout bonnement pas. D'un air complètement ahuri, il la regarda se « donner en spectacle ». C'est un regard où se mêlait l'amusement et l'admiration qu'il posa ensuite sur elle, lorsqu'elle revint s’asseoir auprès de lui. Je n'en reviens pas, vous avez vécu des aventures totalement folles. Au passage, cette tactique était vraiment très ingénieuse. Vous êtes un véritable petit génie je dois dire, bien que vous manquiez un peu de souplesse. Il ne pût s'empêcher de rire, non pas pour se moquer, mais juste pour la taquiner un peu. Une dissidente politique dites vous ? Et bien je vais faire un peu plus attention à mes paroles à partir de maintenant, sait-on jamais. Adoptant un ton un peu plus sérieux, il enchaîna. Vous devriez vraiment publier vos mémoires, vous avez tellement d'expériences enrichissantes à faire partager, ce serait dommage de les garder uniquement pour vous, et je suis tout ce qu'il y a de plus sérieux. »

Le sujet de conversation suivant redevint on ne peut plus sérieux. Il était question de jalousie envers autrui, de société pourrie jusqu'à l'os. Un sujet qu'il connaissait plus ou moins sur le bout des doigts, pour en avoir eu un bref aperçu, le temps que sa célébrité aussi rapide que fulgurante dura. Le visage de l'écrivain s'anima d'un sourire. Sa jeune interlocutrice ne semblait nullement dérangée par la vision digne d'une épave qu'il pût offrir.

« C'est gentil à vous. Peut-être qui sait... cela pourrait être une sorte d'héritage pour vos enfants, un beau cadeau en somme. On a pas besoin de plus, mais la société nous pousse à en vouloir toujours plus, à consommer à outrance, à tomber dans l’excès des besoins artificiels. Le matraquage publicitaire ne nous aide pas franchement à penser autrement. On est constamment envahis de messages plus ou moins subliminaux qui nous pousse à l'achat, dans ces circonstances là il est difficile de ne pas envier son voisin parce qu'il possède le dernier matériel Hi-tech. La plupart des personnes n'ont même pas conscience de tout ça, ils ne se posent pas de questions, on les a élevés comme cela, pour eux rien de plus normal si je puis dire, que d'adopter le modèle de pensée mais aussi de consommation de leur parents. En fait c'est un vrai cercle vicieux... Évidemment que le message devrait être changé, mais ce ne serait pas du tout dans l’intérêt de l'état, de la société... Comme vous le dites, l'espoir n'est pas mort tant qu'il subsistera des personnes telles que nous, encore capables de penser plus ou moins librement. De l'humour ? Non, du tout, dit-il avec un large sourire. Je n'oserais pas. En fait je trouve qu'il y a une large différence entre ce que vous appelez bavardage et la conversation que nous avons. Les sujets graves que nous abordons ne peuvent pas vraiment être caractérisés de bavardage. Quant au fait d'être prudent, ce n'est pas la peine. Je dois dire que j'apprécie vraiment votre compagnie et cette discussion. »

Pas franchement rassuré par les paroles de la jeune femme, Riley se dit qu'il était vraiment pitoyable à se tenir ici alors qu'il y avait bien mieux à faire que de s’enivrer d'alcool. Bien mieux à faire, lorsqu'on a encore un semblant de vie. Mais dans son cas, que pouvait-il y avoir de mieux à faire ? Sa réflexion déboucha sur une réponse déjà trop connue de sa part, à savoir : rien. Rien de mieux à faire, que de jouer à l'alcoolique notoire ou bien au pilier de bar. Refaire le monde avec une inconnue à la limite. Qu'est-ce qui avait bien pu l'amener ici, à ce néant, ce vide abyssal ? Nouvelle réponse : Sunny.

« Ah, c'est censé me rassurer ? Je crois plutôt que je suis tombé dans le cliché de l'artiste névrosé. Enfin peu importe. Je suis enchanté d'avoir pu rencontrer l'une de mes lectrices les plus intrépides. Je disais cela pour vous... traîner ici ce n'est pas franchement reluisant. Surtout lorsqu'on observe les clients de ce bar, dit-il en baissant d'un ton. Il lui tendit alors la main, en reprenant un timbre de voix plus audible. Enchanté Arnkatla ! »

Leurs idées de la vie en générale semblaient se rejoindre en de nombreux points. Rencontrer une personne ayant pour ainsi dire les mêmes points de vue que vous est assez rare, aussi il n'en apprécia que plus cette conversation. Ne pas avoir peur de passer pour un illuminé étant par la force des choses plus qu'appréciable.

« Je ne vais pas plus m'étaler sur la façon dont je vois la vie. Concernant l’œuvre de Wilde, quelle est votre préférée ? Si tant est qu'il y en est une. En effet, difficile de choisir, pour l'écrivain c'était sans nul doute La Ballade de la geôle de Reading, un poème évoquant l'expérience de la vie en prison. Drôle d'oiseau que cet écrivain... Je n'étais pas en train d'avancer le fait que vous êtes trop jeune pour comprendre. Une fois de plus je rejoins votre façon de penser, ne rien regretter est une très belle philosophie de vie, enfin à mon sens. Vous êtes bien la première femme que j'entends dire qu'elle a envie de vieillir. L'évocation d'une grande famille voilà son regard de tristesse. Il tenta d'esquiver le sujet du mieux qu'il pût. Des enfants... oui, pourquoi pas. Il déboucha sur une interrogation. L'inconnu n'est-il pas censé faire peur ? »

L'art d'esquiver les sujets sensibles n'est pas donné à tout le monde, depuis sa sortie de prison il fallait bien reconnaître qu'il était passer maître en la matière. Une partie de son passé - pour ne pas dire l’entièreté - représentait pour lui une véritable honte, il tentait tant bien que mal et par tous les moyens, d'éviter de parler de lui. Le visage du brun s'anima d'un large sourire.

« Et bien je serai honoré de venir à votre vernissage. Vous savez tirer profit de votre propre expérience de vie, voilà tout. Tout le monde devrait en prendre de la graine, sans doute y aurait-il moins de déprimés bordant la surface de cette terre. »

Ironie. Évoquer ainsi la déprime voire la dépression était quelque chose d'assez risible en soit. Surtout lorsqu'on pouvait palper ne serait-ce qu'un peu son état mental.

« La brutalité de la disparation d'un être cher doit sûrement beaucoup jouer dans le processus de deuil. Certaines disparitions non naturelles sont parfois dures à encaisser... Il ne s'aventura pas plus loin dans les sables mouvants de sa propre douleur, il se contenta alors d'un : Merci. »

Pour l'instant, il ne trouva pas la force de reprendre la parole. Son interlocutrice lui viendrait sans nul doute en aide. Elle semblait être une source intarissable de paroles.

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Arnkatla R. Hrafnsdottir
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MessageSujet: Re: [FB] Les rencontres sont-elles vraiment des hasards ? [Arnkatla Hrafnsdottir & Riley Thompson]   Mar 17 Juil 2012 - 20:56

Le verre glissait entre ses doigts. Le liquide à la lumière prenait une nouvelle couleur. Son regard pourtant était porté sur autre chose. Le temps avait du passer, les heures défilaient. Elle conservait pourtant toujours son attention sur lui. Son interlocuteur imprévu. Inattendu mais oh combien agréable et surprenant. Riley Thompson. Seul le hasard pouvait être responsable d'une rencontre de ce genre. De ce type même de conversation qui rencontre des horizons inattendues et parfois étranges.
L'injustice. Pour l'avoir côtoyé de prés pendant de nombreuses années, Arnkatla ne pouvait que se fier à l'opinion de l'homme à côté d'elle. Combien de fois avait-elle haï ces gens avec leurs vies parfaites alors que ceux avec qui elle vivait devaient se tuer à la tâche pour une simple pièce ? Cet aspect de la vie était bien celui qui la révoltait le plus, il était même l'objet qui l'avait mené vers l'humanitaire après avoir vu cela en réalité.

- Je ne peux qu'être d'accord avec vous. Avant même la mort, la vie est une incroyable injustice. Je trouve tout bonnement révoltant que certains gosses de riches dépensent leur argent de poche à tire à larigot alors que d'autres se crèvent à la tâche simplement pour survivre un jour de plus. Je sais que c'est un débat vain et inutile, mais je ne peux pas m'empêcher de penser à la situation. A ce que ça serait si les choses étaient différentes. Si on avait tous la chance de démarrer dans les mêmes conditions. Bien sur, je ne parle pas d'uniformité, cette idée me révulse mais plutôt d'égalité de moyens, de chances. Cela m'insupporte de voir tous ces riches qui ne savent que faire de leur argent alors que d'autres ne demanderaient que ça pour survivre. Je n'ai rien contre les riches en soi. Je veux dire ceux qui ont gagné leur vie, ceux qui en connaissent le prix, je n'ai rien contre eux. Ils l'ont mérité, leur fortune n'est que justice. Non, ce sont plutôt ceux qui n'ont jamais rien su faire de leurs doigts et qui brassent des million. Ces gens-là n'en connaissent pas la valeur. Ils vivent tellement ailleurs qu'ils n'ont pas conscience de la chance qu'ils ont. J'ai l'impression d'être amère à parler ainsi. A ce rythme-là, je vais vieillir avant l'âge - elle rit légèrement - Vous parlez du suicide ? Je ne sais pas trop quoi en penser personnellement. Il est clair que commettre un acte de la sorte doit demander pas mal de courage au fond mais comment l’interpréter ? Cette vie était - elle tellement affreuse au point de ne pas pouvoir être sauvée ? Je ne reproche pas aux gens leurs motivations bien sur. Ce n'est pas le genre de décision que l'on prend à la légère. Mais vous avez raison, c'est un autre débat.

Elle prit une gorgée de son verre et retourna son regard vers Riley.

- Oui c'est à ça que je pensais entre autre chose. Je ne dis pas que l'on doit généralisé cette pratique mais puisque l'on parlait du suicide. Cette forme-là me semble n'avoir rien à redire. On n'euthanasie pas quelqu'un par choix, plutôt par obligation. Un tel débat n'a pas lieu d'être. La peine de mort n'est pas bien différente du meurtre pour moi. Je veux dire, bien sur, certains méritent de payer. Le prix le plus cher mais qui sommes-nous pour décider de la vie ou de la mort de quelqu'un d'autre ? La vie nous appartient, la décision si elle doit être prise également. Choisir la mort d'une autre personne que ce soit au nom de la justice au nom c'est se prendre pour ce que l'on est pas. Des dieux. Certains diront que puisqu'on donne la vie, on devrait pouvoir donner la mort mais je ne suis pas d'accord sur ce point. La seule exception que je pourrais trouver serait la survie. La sienne ou celle d'une personne mais pas autre chose. Au fond, si tout le monde agissait ainsi, ils n'auraient pas besoin d'agir. Mais c'est encore une utopie que je dessine là. Je crois que je dois être trop idéaliste parfois !

Elle sourit et soupira. Cette conversation avait presque un côté libérateur.

- Je suis ravie de pouvoir discuter avec vous. Je dois dire que ce genre de conversation n'est pas vraiment monnaie courante en ce qui me concerne. Ah la justice ! Voilà encore une autre question ! C'est bien encore un argument que j’appuierais contre la peine de mort. Il est déjà monstrueux de se dire que l'on peut tuer quelqu'un avec une bonne raison alors imaginez sur une erreur. Certaines devraient clairement être revus. Je veux dire, combien y-a-t-il donc de gens en prison pour des crimes qu'ils n'ont pas commis ?

La conversation avait fini par dériver sur la politique africaine. Ses joues brulaient encore de l'effort qu'elle venait de fournir même après s'être dévêtue. La réaction de son interlocuteur était bien sur ce qu'elle préférait. Son air ahuri mais aussi son amusement et ... était-ce de l'admiration ? Arnkatla renouvela ses couleurs et lui adressa un immense sourire. Elle écouta avec grand plaisir son rire et son opinion sur le sujet. Elle se mit à rire à son tour. Il se trouvait en effet qu'elle n'avait pas hérité de la souplesse de sa danseuse de mère.

- Et bien, je te remercie ! Oh ça ! Ma mère était danseuse mais elle n'a pas eu l'occasion de m'enseigner ses techniques ! Difficile à croire en effet mais c'est ainsi que je suis fichée au sein de ce beau continent ! J'ai d'ailleurs été étonnée que l'on me laisse entrer aux Etats-Unis sans rien dire !

Elle était à la limite de l'hilarité. Ce ton plus léger avait quelque chose d'incroyablement vivifiant. La conversation redevint pourtant plus sérieuse et la jeune femme ne put s'empêcher d'apprécier ce qui suivit. Son sourire était devenue celui de quelqu'un que l'on avait touché. Difficile de ne pas être heureuse dans ces conditions.

- Ca me fait plaisir de te l'entendre dire. Promis, si je le fais, je t'envoie un exemplaire !

Arnkatla rayonnait. La conversation avait pourtant quelque chose de plus sérieux désormais. La société était encore au cœur du débat. La consommation à outrance. Son opinion rejoignait sa précédente sur l'injustice, la richesse, les inégalités.

- La vérité, c'est que nous sommes dans une société qui base tout sur l'argent. On en oublie l'essentiel. Tout n'est que richesse, confort. On oublie les besoins les plus vitaux et même ceux qui n'en ont pas, ont besoin de cet argent. Comme si on ne pouvait pas vivre autrement qu'avec de l'argent. Je parle là encore d'une utopie mais au fond c'est toute notre sociète qui est à remettre en question. Nos éducations, nos modes de vie. Je n'ai pas de solution miracle mais je me dis qu'il y a sans doute un moyen pour que ça fonctionne autrement qu'avec une société que les hommes ne contrôlent pas et laissent aux mains de quelques personnalités avides et cupides, pourris jusqu'à l'os. On entretient la jalousie, le conflit, cette sensation de mal-être, cette pression. Il ne faut pas s'étonner que certains ne le supportent pas, que des horreurs se produisent tous les jours au nom de ce type de société. L'argent, le pouvoir. Serait-ce trop demander de voir autrement ?

Elle avait presque un ton résigné. Elle savait pourtant ce que c'était. Elle savait aussi très bien qu'elle ne pourrait rien y changer, pas même l'homme à côté d'elle. Elle sourit tout de même, au vu des propos qui suivirent. Il fallait bien avouer qu'elle adorait également discuter avec lui et n'avait pas particulièrement envie de s'arrêter là.

- Sache que c'est un plaisir partagé ! Et si je puis me permettre, je ne te voies pas comme un cliché. Après tout chaque cliché possède une base différente. Oh, je suis pas mal ici ! Si vous saviez ce que j'ai pu voir par le passé, cet endroit est un palace à coté !

Elle rit puis saisit la main tendue de Riley. L'écrivain lui demandait maintenant quelle était son œuvre préférée de Wilde. Question difficile s'il en est. La jeune femme appréciait aussi bien ses essais que ses pièces en passant par ses poèmes, sans parler du Portrait de Dorian Gray. Pourtant ce furent ses dernières œuvres qui avaient retenu son attention.

- Oulà ! Question difficile je dois dire. J'hésite, difficile d'en choisir une seule. Je reconnais toutefois avoir été particulièrement touché par les dernières écrites. La Ballade de la Gêole de Reading bien sur mais aussi le De Profundis. Quand on connaît ce qui a suivi, cela revêt un aspect tout particulier je dois dire. - elle s'arrêta un moment puis reprit. Je dois vous avouer que j'ai vu tellement d'enfants pendant toutes ses années que je ne me voies pas sans, même si je dois en adopter pour ça ! Je trouve toute cette question vraiment excitante. Il est vrai que l'inconnu a quelque chose d'effrayant mais c'est bien là, l'objet même de la vie. Au fond, on a tous envie à un moment donnée d'avoir peur. D'être surpris. Je crois que le futur est sans doute la meilleure surprise que l'on puisse nous réserver. - elle sentit rougir par la suite - Oh tu sais, je ne suis pas persuadée d'être un bon exemple pour qui ce soit !

Elle observait toujours cet homme avec compassion. Cette perte qu'elle fut avait du être terrible. Cette évocation était sans nul doute douloureuse et la jeune femme ne souhaitait l'y pousser plus loin. Il la remercia pour ses condoléances avant de se murer dans une sorte de silence. Elle le laissait ainsi quelques minutes, le temps de finir son verre puis se retourna vers lui. Pas question pour elle de le laisser s'enfermer. Une idée lui vînt soudain et elle dériva alors le sujet sur tout autre chose. Il avait l'air d'avoir besoin qu'on lui change les idées. Elle saisit un grand porte-revue dans son sac et s'enquit de lui faire découvrir son contenu.

- Oh mais j'y pense ! On parle de ma peinture mais tu n'as probablement aucune idée de ce à quoi ressemble mon travail donc avant que cette fameuse future hypothétique exposition n'arrive. Dis-moi plutôt ce que tu en penses. Ce sont les oeuvres que j'ai prévu de présenter à la conférence, en mode photocopie. Donc ce ne sont pas toutes mes oeuvres et encore moins mes plus abstraites mais ça vous donnera une idée. Une sorte de prévention avant le choc des toiles immenses !

Elle ouvrit le porte-revue puis commença à lui présenter ses toiles, son regard parfois accompagné d'un sourire comme pour lui faire comprendre que son but n'était pas d'ignorer son chagrin mais plutôt de lui changer les idées.

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MessageSujet: Re: [FB] Les rencontres sont-elles vraiment des hasards ? [Arnkatla Hrafnsdottir & Riley Thompson]   Mer 8 Aoû 2012 - 8:43

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